Le dollar australien perd 8% de sa valeur en 7 minutes: « It’s a Mad, Mad, Mad, Mad World »

Plusieurs se souviendront de ce film paru en 1963 où un gangster, sur le point de mourir, révèle avoir caché son butin en un lieu où des gens perspicaces pourront se l’approprier. S’ensuit une folle cavalcade rocambolesque où plusieurs malfrats tentent de s’emparer du butin, avec moultes rebondissements:

 

Or, de telles envolées rocambolesques sont de plus en plus fréquentes dans le monde de la finance…

Ainsi, en moins de 7 minutes, soit le 3 janvier dernier, le dollar australien a chuté de 8% par rapport au yen japonais et la livre turque, 10%!

De tels événements, que l’on désigne sous le vocable « Flash Crash », résultent d’une spéculation orchestrée par des grands investisseurs qui préméditent leur intervention en s’assurant de réaliser des gains importants, au passage…

George Soros devient milliardaire – en une seule journée – en « écrasant » la Banque d’Angleterre

Le premier cas qui fait école dans le courtage des devises résultant en un « flash crash » est attribué au milliardaire George Soros, lequel en une seule journée à réalisé un gain de 1 milliard de $ contre la livre britannique, prenant de court la Banque d’Angleterre laquelle a encouru une perte de 3 milliards de $ pour sauver sa monnaie d’une chute marquée. Cet événement est survenu le 16 septembre 1992 dans une opération dénommée depuis lors « Black Wednesday« :

Black Wednesday – George Soros’ Bet Against Britain – The Balance – 2018-10-19

Ainsi, tenant compte d’un contexte particulier liant la livre britannique à la monnaie européenne et tenant compte du fort taux d’intérêt prévalant à l’époque, George Soros a « shorté » la monnaie anglaise dans une opération « coup de poing » où il en a résulté un gain extraordinaire pour ce dernier. Une opération où la Banque d’Angleterre a dû intervenir en urgence pour rétablir la confiance dans la livre britannique.

La crise financière en Thaïlande avec des incidences sur l’Asie, en l’Amérique latine et en Europe de l’Est

La Banque de Thaïlande avait pour politique monétaire de maintenir un taux d’échange fixe entre sa monnaie – le Baht – et la devise américaine de façon à maintenir un équilibre constant dans les échanges commerciaux entre les deux pays. Et, pour maintenir cette parité, « achetait des dollars américains » sur le marché lorsque la valeur du Baht augmentait ou « vendait des devises américaines consignées dans sa réserve » lorsque sa devise fléchissait.

Or, le 2 juillet 1997, elle a dû dévaluer abruptement sa monnaie – et « découpler » sa monnaie du dollar américain –  incapable de maintenir un taux d’échange fixe entre les deux monnaies. Dans les jours/semmaines précédant cette dévaluation, la Banque de Thaïlande avait été contrainte de « vendre » toutes les devises amméricaines qu’elle détenait en réserve alors que cela s’est avéré insuffisant puisque sa monnaie poursuivait sa descente…

Que s’est-il passé?

Essentiellement des « spéculateurs » avaient amassé une grande quantité de la monnaie thaïlandaise puis entrepris de la liquider dans une courte période de temps. Or, les marchés, constatant une chute rapide de la devise, ont égalemment liquidé les réserves qu’ils détenaient dans cette devise, ce qui a accentué la chute de sa valeur avec des effets « collatéraux » sur d’autres devises tel le Yen japonais, le Won Sud-Coréen, le Rouble russe,…

Et, pour résorber et éviter que la crise ne se propage davantage, le FMI et la FED américaine ont dû injecter 118 milliards de $ pour soutenir ces monnaies durant la crise.

Asian Financial Crisis – Federal Reserve History – 2013-11-22

Le « flash crash » du 3 janvier 2019

S’agissant du « flash crash » qui a eu lieu le 3 janvier, dans ce cas spécifique, les « spéculateurs » ont amassé une grande quantité de dollars australiens et de livres turques et, transigeant à partir du Yen, ont « liquidé » le tout en quelques minutes, profitant du fait qu’aucun marché boursier n’était actif et du délai entre la fermeture de la bourse de New York et l’ouverture du marché boursier au Japon – 1 heure -. Cette période étant qualifié dans le jargon financier « Witching Hour » et, au surplus, une opération lancée au moment où un long congé s’amorçait au Japon.

C’est ainsi que, dans un marché où peu de courtiers étaient actifs (un marché à faible liquidité), ces devises se sont effondrées alors que les ordres de vente dépassaient largement les acheteurs actifs sur le marché durant la « witching hour« .

Et, au surplus, engendrer une augmentation rapide de la valeur de la devise japonaise, ce qui devait à son tour amener la liquidation des « options short » sur celle-ci et accentuer l’érosion du dollar australien et de la livre turque.

Les « flash crash »: des effets collatéraux sur d’autres devises

Il importe de souligner le fait que de tels « flash crash » ont des effets immédiats et importants sur d’autres devises et induisent des répercussions à l’étranger, comme ce fut le cas lors de la dévaluation du Baht thaïlandais.

Ainsi, le site Zero Hedge fait état des efffets induits par cette opération, lancée à partir du marché de devises japonais, sur le dollar américain et la livre britannique, faisant chuter brusquement la valeur de ces devises par rapport au Yen japonais:

 

Il est généralement établi que de tels « flash crash » peuvent également induire des perturbations dans le secteur des obligations gouvernementales alors que les ordinateurs – pré-programmés pour transiger rapidement selon les paramètres du moment – peuvent être amenés à liquider de grandes quantités d’actifs en peu de temps, déstabilisant davantage l’ensemble du secteur financier.

Multiple FX Pairs Suddenly Flash Crash, Yields Tumble, Gold Surges – Zero Hedge – 2019-01-03

Et le petit investisseur détenteur de fonds communs ou de placements boursiers, qu’advient-il dans tout cela?

Tel que mentionné précédemment, dans la réalité d’aujourd’hui où des actifs « gigantesques » sont détenus par des régimes de retraite, des fonds souverains, des fonds de couverture (« Hedge Funds« ), des sociétés de placement « privées », ces grands acteurs financiers sont en mesure d’induire des « secousses sismiques » d’une grande amplitude dans le secteur financier – notammment en exerçant des « options » spéculatives – et d’en tirer de généreux bénéfices au détriment des petits investisseurs qui sont à la merci de ces « manipulations sur le marché ».

Ainsi, ceux-ci, ne disposant pas des capitaux requis pour rivaliser avec ces derniers et ne disposant pas d’outils d’analyse sophistiqués, ne peuvent aucunement investir avec profit sur la base de critères et de paramètres financiers bien établis.

A telle enseigne que, pour le petit investisseur, investir aujourd’hui dans le marché boursier s’apparente davantage à miser à la loterie qu’à un investissement censé procurer un juste retour sur un  placement, tenant compte des grands financiers en mesure d’induire de fortes « secousses » dans le marché financier, à tout moment.

 

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