5 avril 1968: l’enseignante Jane Elliott passe à l’action et instruit ses élèves à la discrimination… Une session qui fait école encore aujourd’hui

Le jour précédent, la pasteur Martin Luther King a été assassiné dans un motel à Memphis alors qu’il entreprenait une marche vers Washington afin de dénoncer la discrimination et le racismme dont les Noirs étaient victimes aux Etats-Unis.

Dr. Martin Luther King Jr., tells a press conference in Chicago, March 24, 1967 that civil rights demonstrations in Chicago “…will be on a much more massive scale than last summer.” King said marches will include some by African American pupils to all-white schools. (AP Photo/Charles Harrity)

Un événement marquant qui allait inciter Jane Elliott à lancer une initiative – qu’elle avait mûrement réfléchi dans les semaines/mois précédents –  qui allait faire école à ce jour: « A Class Divided« , dont un documentaire vidéo est disponible gracieuseté du site Frontline:

Une initiative risquée… qui allait faire école

Enseignante dans une petite ville de l’Iowa – Riceville, moins de 1 000 habitants -, Jane Elliott avait entrepris d’initier ses élèves de 3ième année à la discrimination et au racisme dans les années antérieures via différentes approches pédagogiques tel qu’on le réalisait à l’époque. Un enseignement thématique énonçant de grands principes et des exercices pédagogiques adaptés à cet enseignement. Avec des résultats mitigés tel qu’elle le ressentait après l’assassinat du Dr. King.

Ainsi, en ce 5 avril 1968, révoltée par cet assassinat, elle entreprit de mettre en application une approche tout à fait novatrice visant en une mise en situation « forcée » chez chacun de ses élèves, au risque de briser la relation de confiance établie avec ceux-ci dès le début de l’année scolaire, soit de diviser sa classe en 2 groupes: les élèves ayant les « yeux bleus » et les élèves ayant les « yeux bruns ».

Puis, utilisant des arguments et un ton « convaincants »,

  • d’enjoindre les éleves aux « yeux bruns » de porter un signe distinctif des élèves aux « yeux bleus »
  • de convaincre les élèves aux « yeux bleus » qu’ils étaient plus intelligents, plus « vifs d’esprit » et plus articulés que les élèves aux « yeux bruns »
  • de convaincre les étudiants aux « yeux bleus » que les élèves aux « yeux bruns » étaient des égoïstes qui n’aimaient pas partager avec les autres élèves
  • d’interdire aux élèves aux « yeux bruns » l’accès aux jeux – dans la cour d’école – durant les pauses récréatives
  • de retarder l’accès à la cafétéria de 5 minutes pour les élèves aux « yeux bruns » donnant un accès privilégié aux élèves aux « yeux bleus »

pour un exercice qui allait durer toute la journée.

Puis, le lendemain, admettant s’être trompée le jour précédent, tenait un discours et des pratiques tout aussi « convaincants » contraires au jour précédent…

Une classe divisée…

Alors que ses élèves n’avaient jamais manifesté d’exclusion les uns envers les autres – une petite ville homogène composée exclusivement de résidents « blancs » -, peu après le lancement de l’intiative, les élèves aux « yeux bleus » commençaient à manifester un langage et tenir des propos « discriminant » à l’égard des élèves aux « yeux bruns », arguant qu’ils étaient moins attentionnés dans la classe, qu’ils étaient moins « vifs » à comprendre les enseignements, qu’ils ne partageaient pas avec les autres élèves,…

Au surplus, durant les pauses récréatives, les élèves aux « yeux bruns » – privés de l’utilisation des jeux et marginalisés dans la cour d’école – manifestaient de la solitude et vivaient « honteusement » l’exclusion dont ils faisaient l’objet.

Alors que le lendemain, à contrario, dès que les rôles furent inversés, les attitudes, les propos et les comportements étaient inversés entre les élèves des deux groupes.

Une pédagogie qui a fait école…

A la conclusion de ces scéances, Jane Elliott entreprit de réconcilier les deux groupes mais tout en amenant ses élèves à exprimer leur « vécu » durant les jours précédents, notamment

  • l’humiliation d’avoir été marginalisés sur la base de la couleur de leurs yeux
  • l’humiliation d’avoir été considérés comme des élèves moins doués que les élèves de l’autre groupe
  • l’humiliation d’avoir été exclus des jeux et d’avoir subi un accès retardé à la cafétéria sur la base…

alors que tous les élèves, à l’issu de cette séance de « réconciliation », avaient conclu que personne ne devait être discriminé et faire l’objet de sanctions tant sur la base de la couleur des yeux que sur la base de la couleur de la peau, de l’appartenance à une minorité ethnique, culturelle, religieuse,…

… notamment dans le milieu carcéral

L’initiative de Jane Elliott allait également faire école dans le milieu carcéral où, dans un pénitencier à sécurité maximale avec une importante minorité de Noirs – largement plus importante que la proportion vivant dans l’état de New York -, elle entreprit de transposer l’expérience auprès des surveillants et préposés à l’encadrement des détenus, une scéance fort révélatrice des biais que nous entretenons tous les uns à l’égard des autres…

L’initiative d’une « simple enseignante » qui a fait école depuis 50 années et qui a été reprise dans le milieu des affaires, au niveau gouvernemental,…