L’argentine, qui peine à se sortir de la crise économique qui sévit depuis quelques années et qui n’arrive plus à financer ses emprunts sur les marchés mondiaux – à cause des nombreux cas de défauts de paiements dans le passé – vient d’émettre sur le marché des obligations à 7,9% de taux d’intérêt et avec un terme de 100 années, libellées en monnaie US. Et les investisseurs se sont « rués » pour acheter ces nouvelles obligations. Mais, cela ne vous rappelle-t-il pas les fameuses « rentes perpétuelles » émises par la France en 1871 pour compenser la Prusse au titre des réparations de guerre? Un peu d’histoire…
En 1870, la France et la Prusse entrent en guerre et, à l’issue de l’affrontement de Sedan, l’Empereur Napoléon III est fait prisonnier par les Prussiens commandés notamment par un certain Bismarck… Pour libérer Napoléon III et signer la capitulation, les Prussiens exigent que la France les compense à hauteur de 5 milliards de francs-or, une somme énorme surtout des francs frappés avec de l’or…

Ainsi, les Prussiens sont convaincus qu’avec cette compensation, l’économie française va s’effondrer et que, plus jamais, la France ne sera en mesure de déclencher des hostilités contre la Prusse. Quelle erreur de la part des Prussiens…
En effet, Napoléon III, déchu de son titre, s’est exilé en Angleterre et la République est proclamée. Et, obligés de verser les réparations de guerre, le nouveau ministre des Finances a eu la brillante idée d’émettre des « obligations perpétuelles » avec un taux d’intérêt de 5%. Imaginons des obligations dont le principal ne sera jamais remboursé – obligations perpétuelles – mais qui garantissent un rendement de 5% à leurs propriétaires pour toujours… Qui dit mieux.
Et ce qui devait arriver arriva: avec ces obligations, les Français ont été en mesure de rembourser les Prussiens en 3 ans… et, comble du ridicule, ce sont surtout des citoyens de Prusse qui ont souscrit ces obligations destinèes à rembourser leur gouvernement pour les préjudices de la guerre… Vraiment incroyable comme retournement de situation. La France s’est ainsi libérée de ses obligations tout en versant une « annuité » à des citoyens/financiers en Prusse, un engagement financier tout à fait raisonnable selon les circonstances.
Evidemment, beaucoup plus tard, ces « obligations perpétuelles » furent « abolies » par le gouvernement mais ce type de financement ouvrait la porte à du financement « longue durée » dont les gouvernements peuvent se prévaloir en situation exceptionnelle. Exactement ce que les Argentins viennent de faire avec leurs obligation d’un terme de 100 années.
Ce recours au financement « longue durée » par les Argentins a été amplement mis en évidence sur le site Wolf Street dont les analystes nous présentent les tenants et aboutissants de cette stratégie:
Evidemment, tous s’entendent pour dire que, tôt ou tard, ces obligations dénommées en dollars US ne seront pas honorées par le gouvernement argentin qui fera défaut, comme il l’a fait par le passé. D’où le qualificatif de « Junk Bond » attribué par les financiers et investisseurs.
Mais, il n’en reste pas moins que, tant que le gouvernement argentin rencontrera ses obligations, dans un environnement financier où les taux d’intérêt sur les obligations émises par la Banque centrale de Suisse sont « négatifs », ce rendement est tout à fait exceptionnel et la raison pour laquelle elles se sont écoulées sur la marché très rapidement.