1,24 $/litre pour l’essence. Mais, comment s’y retrouver?

Cette semaine, j’ai voulu faire le plein mais, à 1,24 $/l, eh bien cela m’a fait réfléchir… Surtout que, la semaine précédente, l’essence était à 1,09 $/l. Alors, que se passe-t-il dans le merveilleux monde du pétrole pour expliquer de telles variations?

L’explication n’est pas simple surtout pour des profanes en la matière… et même pour des spécialistes, comme moi, qui suivent à tous les jours ce qui se passe sur ce marché…

Tout d’abord, quelques éléments pour tenter de s’y retrouver…

Le prix de l’essence que nous payons, en ce jour, est déterminé par:

– la production « en cours » du pétrole brut vs les besoins du marché « aujourd’hui » (surplus ou déficit de production)
– le prix actuel du pétrole brut transigé à la bourse
– le volume de pétrole brut en inventaire
– les volumes respectifs de pétrole brut en inventaire selon les différentes catégories (« sweet », « sour », « light » ou « heavy »)
– les prix antérieurs négociés pour le pétrole brut via les « futures »
– le prix actuel de l’essence RBOB [note] transigé à la bourse
– le volume d’essence RBOB en inventaire
– les prix antérieurs négociés pour l’essence RBOB via les « futures »
– la géopolitique du moment (grève dans tel pays producteur, accords OPEP pour limiter la production, crise politique au Vénézuéla,…)
– et, évidemment, les « rumeurs » et la fièvre spéculative de chaque jour…

Alors, on voit bien qu’il y a tellement de variables en jeu qu’il est impossible de prédire le prix de l’essence… même pour le lendemain!

Evidemment, depuis les accords de l’OPEP (incluant la Russie) pour limiter la production de brut afin de faire monter le prix du pétrole, on se serait attendu à ce que le prix de l’essence ne diminue pas mais connaisse une hausse constante depuis ces accords conclus en 2016

Mais il n’est rien simplement parce que, comme tout accord négocié au niveau de l’OPEP, les pays qui ont conclu ces accords trichent… pour avoir des revenus supplémentaires afin d’en faire bénéficier leur population, pour ne pas perdre tel marché convoité par un autre pays producteur,…

Evidemment, je ne ferai pas une pésentation exaustive sur le volume actuel de pétrole brut en inventaire, sur les fluctuations récentes du prix de l’essence RBOB sur la bourse NYMEX de New York,… mais simplement vous présenter à quels prix se négocient les prix futurs du Brent via les « futures ». Voir graphique extrait du site OilPrice Intelligence joint à cette note.

Et, que nous disent les prix futurs du pétrole Brent négocié pour livraison en octobre 2017? Eh bien les financiers/investisseurs/spéculateurs estiment que le prix du brut Brent s’établira aux environs de 52 $ le baril, un « prix « future » » qui n’a pas changé depuis les dernières semaines. Mieux que n’importe quelle prédiction des « économistes » qui n’y connaissent rien en la matière, quand un financier/spéculateur/investisseur conclut un « contrat ferme » pour un achat futur à un prix convenu, c’est qu’il est assuré que le prix du marché sera inférieur à ce prix puisque, bien sûr, il compte faire un bénéfice par rapport au prix qu’il devra payer à l’échéance du contrat d’achat.

Cela étant, j’attache beaucoup d’importance aux « futures » négociés en bourse pour le prix du pétrole parce que, comme je le mentionnais, quand un investisseur/financier conclut un tel contrat, c’est qu’il a pris en compte les risques géopolitiques futurs, qu’il a pris en compte le volume de pétrole brut en inventaire, qu’il a pris en compte le volume de l’essence RBOB en inventaire,… bref qu’il a intégré toutes ces variables et tous les risques dans le prix d’achat agréé aujourd’hui pour son achat futur.

Au surplus, pour confirmer cette tendance à la « stabilité » prévisible du prix du pétrole brut (et même à sa baisse dans l’avenir), le Financial Times nous rapporte, dans sa note d’il y a 2 jours, que la « tricherie » entre les pays producteurs bat son plein et que la production actuelle de pétrole brut, contrairement aux accords au sein de l’OPEP, excéde à nouveau les besoins « actuels » en essence et en produits pétroliers, ce qui devrait avoir pour effet « d’écraser » les prix futurs pour le pétrole brut et diminuer le prix pour l’essence que nous consommons…

Voir la chronique du Financial Times sur ce lien:

Opec production rises for third consecutive month – Financial Times – 2017-08-10

[Essence RBOB: il s’agit de l’essence « brute » produite par les raffineries et stockée dans leurs réservoirs. A cette essence brute, les distributeurs ajoutent des additifs pour varier le niveau d’octane (« régulier » ou « super »), pour éviter le gel de l’essence dans les conduits d’alimentation de nos automobiles,… C’est l’essence RBOB qui est transigée en bourse et qui alimente tous les points de vente après que les détaillants aient ajouté les additifs requis pour le marché local]