Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le PIB mais n’avez jamais osé demander!

Dans son édition du 6 septembre, une émission diffusée sur la chaîne France 2 nous informe du fait que le ratio de la dette de la France par rapport à son PIB venait d’atteindre un niveau « strastosphérique » de 100%, un très haut niveau d’endettement qui indique, eu égard à la production de biens et services dans le marché français en comparaison d’autres pays, que la France se démarquait « négativement » avec l’ensemble des autres pays membres du G7.

Au surplus, la firme Moody’s Investors Service a établi une compilation au niveau de l’endettement des pays par rapport à leurs PIB respectifs:

Ainsi, selon cette compilation, hormis le cas exceptionnel du Japon ainsi que celui de la Chine (dont les données sont remises en question), l’endettement de la France dépasse de loin celui des autres pays répertoriés, toutes dettes confondues (dette du gouvernement + dette des entreprises non-financières + dettes des ménages).

Troublant.

Cela étant, afin de produire de telles comparaisons, les analystes établissent le ratio entre l’endettement d’un pays en relation avec son PIB.

Or, si l’endettement est facilement vérifiable et relativement précis, il n’en est rien au niveau de la détermination du PIB, les méthodes de calcul et les « ingrédients » pris en considération variant d’un pays à l’autre.

PIB: une définition

Le site financier Investopedia (https://www.investopedia.com/terms/g/gdp.asp) propose la définition suivante quant au PIB:

Ainsi, le PIB consiste à établir la valeur monétaire de l’ensemble des biens et services « produits » annuellement dans un pays, que ces biens aient été « consommés » dans le marché intérieur ou « exportés » à l’étranger et que les services aient été « fournis » à des entreprises locales ou des prestations « destinées » à des pays tiers. Voilà une définition qui semble assez « précise » (quant aux critères et aux paramètres à retenir) afin d’établir le PIB d’un pays.

Cela étant, les accords internationaux régissant la détermination du PIB laissent à la discrétion des états le soin d’intégrer – ou non – certains paramètres « secondaires » qui peuvent grandement influencer la détermination du PIB.

Pourquoi la détermination du PIB est-elle si importante?

La détermination du PIB est importante dans la mesure où:

  • elle sert à établir une comparaison du « revenu moyen » des résidents de chacun des pays (PIB par habitant) résultant de l’activité économique dans le pays et, donc, de la « richesse relative » pour chacun des résidents résutant de l’activité écnomique
  • elle sert à établir une comparaison du niveau d’endettement de chacun des pays en relation avec son PIB (ratio dettes vs PIB) et, donc, de sa capacité à honorer ses dettes en cas de récession ou de crise financière

Comment déterminer le PIB

Le site Quora (https://www.quora.com/What-are-the-discrepancies-in-calculation-of-GDP), dans une rubrique consacrée à vulgariser les paramètres et méthodes permettant d’établir le PIB, énonce 3 méthodes pouvant être utilisées pour déterminer le PIB:

  1. méthode basée sur la valeur ajoutée
  2. méthode basée sur les revenus
  3. méthode basée sur les dépenses

Ainsi, chacune de ces méthodes devrait produire un PIB qui soit identique mais des « interprétations » dans l’application des paramètres peuvent résulter dans des résultats qui peuvent s’avérer très différents.

Des cas où « l’interprétation » des paramètres peut engendrer des résulats qui infèrent la validité du PIB à titre d’outil pour comparer les économies des pays les uns par rapport aux autres

Sans faire une analyse exhaustive quant à l’application spécifique des paramètres servant à déterminer le PIB dans chacun des pays, soulignons des cas probants qui incitent à « remettre en question » la validité du PIB à titre de comparatif au niveau du PIB/habitant et dans la détermination du ratio dette/PIB:

  • l’Inde où la méthode basée sur la valeur ajouté résulte dans la prise en compte « double » des revenus provenant des commodités (fer, pétrole, soya,…)

  • l’Angleterre où, à partir de 2014 et tel qu’autorisé par l’Union européenne, celle-ci comptabilise, dans les revenus provenant des produits et des services:

– les revenus provenant de la prostitution

– les revenus provenant de la vente (« illégale ») de stupéfiants tel le cannabis, les amphétamines, le crack, la cocaine,…

Drugs Prostitution – They Are Part of GDP Too, U.K. Says – MSNBC – 2014-05-30

Counting prostitution and drugs in the GDP figure has seen UK’s economy overtake France – Daily Mail – 2014-12-27

 

 

  • les autres pays de l’Union européenne qui intègrent – ou non – les revenus provenant de la prostitution, de certaines drogues et d’autres éléments permis par la réglementation
  • et bientôt le Canada qui intègrera les revenus provenant des transactions liées au cannabis mais n’intègrera pas le commerce des autres stupéfiants

Statistics Canada to add marijuana economic impact to GDP data – Reuters – 2017-11-21

Le PIB de l’Irlande: des résutats « surprenants »

Encore plus surprenant est le PIB par habitant tel qu’établi par l’Irlande dans une analyse rapportée par l’économiste Dr. Tim Morgan:

2018-09-05 – #134 – An extremity of risk – Tim Morgan – Surplus Energy Economics

Il est étonnnant de constater que l’Irlande affiche un PIB par habitant (i.e. un « revenu moyen » pour chacun des résidents lié aux activités commerciales) 60% plus élevé que celui de l’Allemagne alors que, outre le fait d’être un important centre financier international et d’accueillir plusieurs sièges sociaux de multinationales, l’Irlande n’est pas reconnue comme étant un pays qui exporte de nombreux produits sur les marchés extérieurs.

Pour expliquer ce résultat étonnant, il importe de souligner le fait que, en 2015, l’Irlande a intégré dans ses « revenus de produits et service » les revenus provenant des transactions financières qui sont menées, sur son territoire, au bénéfice d’investisseurs résidant dans des pays tiers ainsi que les revenus « consolidés » des multinationales dont les sièges sociaux sont établis sur son territoire:

Ainsi, cette prise en compte des revenus des multinationales a amené une augmentation du PIB de l’Irlande de 25,5%, en 2015, par rapport au PIB établi pour l’année 2014, rien de moins!

Le PIB: une référence utile en économie ou un outil « d’un autre temps » qui n’a plus sa raison d’être?

Il est certes évident que, dans un contexte de mondialisation où:

  • les revenus provenant des transactions financières, menées au profit d’investisseurs établis à l’étranger, sont pris en compte dans les pays où ces transactions sont initiées et sont « intégrés » aux autres revenus provenant des produits et services
  • les revenus « consolidés » des multinationales sont également comptabilisés dans les pays où elles ont établi leurs sièges sociaux (alors que les revenus/profits provenant d’activités menées dans des pays tiers ne sont pas pris en compte dans ces pays)

tout cela contribue à induire des distortions significatives dans l’établissement des PIB qui rendent cet outil, à toutes fins pratiques, dépassé et inutile.

Et, à plus forte raison lorsque la prise en compte de produits et services diffère nettement d’un pays à l’autre, notamment la prise en compte – ou non – des revenus provenant de la prostitution, des stupéfiants, de méthodes résultant dans la « double comptabilisation » de certains produits,…