L’année 2017 aura été « déterminante » pour l’avenir de la division aéronautique alors que les discussions de partenariat avec Airbus se sont conclues dans « l’acrimonie » – Airbus « claquant la porte » à toute entente avec Bombardier – et que les discussions de partenariat avec la firme chinoise Comac aboutissaient dans une impasse totale.
Airbus ends talks on Bombardier C Series jet – Financial Times – 2015-10-06
Ansi, alors que la firme Comac (que d’aucuns prédisent qu’elle deviendra à terme un compétiteur égal aux géants Airbus et Boeing) est en voie de faire homologuer son transporteur régional C919 (150-180 sièges), elle vient de s’associer avec la firme russe United Aircraft Company UAC pour le développement d’un projet encore plus ambitieux visant des transporteurs de 250 @ 320 passagers dans un horizon à moyen terme.
A l’évidence, Bombardier aurait pu être associée aux projets de la firme Comac et bénéficier tant d’un accès privilégié sur le marché chinois que de l’appui d’un patenaire aux moyens financiers « importants » mais les discussions de partenariat ont échoué en 2017 alors que Pierre Beaudouin occupait le poste de « Président exécutif » du Conseil d’administration, après son éviction comme PDG en février 2015.
Chinese group in talks to aid struggling jet maker Bombardier – Financial Times – 2017-05-18
Éviction de Pierre Beaudoin du poste de PDG de Bombardier
Depuis la création de Bombardier, sa direction a toujours été assumée par un membre de la famille Bombardier-Beaudoin (désignée « la famille » par les associés) et, jusqu’en 2015, Laurent Beaudoin – conjoint de Clair Bombardier, fille du fondateur Joseph Armand Bombardier – assumait le poste de Président du Conseil d’administration alors que son fils Pierre a été nommé PDG de l’entreprise en 2003. Une ascension prodigieuse alors que ses états de service antérieurs – avant qu’il ne rejoigne le holding propriété de « la famille » – avait consisté à superviser le service à la clientèle pour un distributeur d’articles sportifs.
Par ailleurs, il importe de préciser le fait que le développement des avions de la Série C a été lancé en 2008 sous la supervision de Pierre Beaudoin assumant également la direction de la division du matériel ferroviaire. Évincé de son poste de PDG en 2015 par les actionnaires – Caisse de dépôt et placements du Québec, le gestionnaire de retraite Teachers,… – mécontents des dépassements dans les coûts et les délais à mettre en production les avions de la Série C, de par le contrôle majoritaire que « la famille » exerce sur l’ensemble de l’actionnariat, il était nommé en 2015 « Président exécutif » du Conseil d’administration puis, à nouveau, rétrogradé en 2017 au poste de Président du conseil.
Ainsi, durant la période cruciale où Bombardier éprouvait de sérieuses difficultés financières – 2015 @ 2017 -, période où des discussions avaient lieu tant avec l’avionneur européen Airbus qu’avec l’avionneur chinois Comac, dans la mesure où Pierre Beaudoin exerçait « l’autorité ultime » sur l’entreprise via la majorité exercée par « la famille » au sein du Conseil d’administration, a-t-il su mesurer correctement les « conditions critiques du moment » et proposer des aménagements « raisonnables et satisfaisants » à ces partenaires – Airbus et Comac – afin d’assurer l’avenir à long terme de la division aéronautique?
A propos de l’avion Comac C919
Le nouvel avion à desserte régionale Comac C919 en voie d’homologation s’avère un avion qui repose essentiellement sur des composants proposés par divers fabricants. A cet égard, il peut être considéré comme étant un « assemblage de composants » comportant peu de valeur ajoutée par l’avionneur lui-même mais s’avère néanmoins une entrée dans le segment des avions à desserte régionale pour cet avionneur:

Photo: courtoisie site FliegerFaust
Par ailleurs, même si le C919 aurait été un éventuel compétiteur au modèle CS300 mis en marché par Bombardier, sa technologie « désuète » n’aurait pas été de nature à lui assurer une percée dans le marché des avions régionaux alors qu’elle aurait eu tout intérêt à s’associer à Bombardier afin de bénéficier des technologies d’avant-garde mises au point durant le développement des avions de la Série C.

Les ambitions de Comac: devenir à terme un compétiteur à l’égal d’Airbus et de Boeing
L’entrée récente de Comac dans le secteur des avions à desserte régionale ne saurait faire de doute sur les ambitions de cet avionneur à rivaliser, à moyen terme, avec les géants Airbus et Boeing au niveau mondial.
Cela étant, au-delà de l’homologation en cours du C919 et afin de ne pas reproduire les erreurs commises par Bombardier pour le développement de la Série C – ressources financières limitées et en compétition directe avec les géants de l’aéronautique -, Comac a entrepris de s’associer avec l’avionneur russe UAC afin d’assurer le développement d’un nouvel appareil aux capacités rivalisant avec les plus gros porteurs proposés par Airbus et Boeing.
Ainsi, le lancement récent du modèle CR929 – avec un coût de développement estimé à 13 G$ – et l’aménagement d’une usine à Shanghai témoigne du sérieux de Comac à progresser dans le secteur de l’aéronautique. Et, à terme, a rivaliser avec les géants Airbus et Boeing, fort de l’appui financier qu’il reçoit – ou qu’il serait en mesure de recevoir – du gouvernement chinois. A preuve, les récents accomplissements technologiques réalisés en Chine témoignent de la capacité des administrateurs et du personnel technique à s’implanter dans des domaines d’avant-garde.
L’année 2017 aura été l’année où Pierre Beaudoin aura définitivement scellé le sort de Bombardier
A l’évidence, l’année 2017 placée sous la gouverne du « Président exécutif » Pierre Beaudoin aura été l’année charnière où Bombardier n’aura pas su conclure les partenariats qui s’imposaient et qui a amené pour l’entreprise une perte de 2,5 G$ (50% * 5 G$) par la vente de 50% de l’actionnariat à Airbus dans la filiale CSALP.

Au surplus, par son incapacité à conclure une alliance stratégique avec Comac, Bombardier sera désormais cantonnée à des « marchés de niche » (avions d’affaire long courrier Global Express, avions d’affaire régionaux CRJ,…) alors que, par une association fructueuse avec Comac, non seulement le marché chinois des avions régioaux s’ouvrait à elle mais également lui permettait de réaliser une entrée dans le segment des gros porteurs.
Mettons également en évidence le fait que l’avionneur brésilien Embraer a su conclure une allliance stratégique « d’égal à égal » avec Boeing assurant la fabrication à venir de ses avions régionaux au Brésil…
Une « rétrogradation » qui lui assure une rémunération de 750 k$…
En guise de compensation pour ses « judicieuses décisions d’affaire » et la « compétence démontrée dans la gestion de l’entreprise », la rétrogradation récente de Pierre Beaudoin au poste de Président du Conseil d’administration lui assure néamoins une rémunération de 750 k$ pour un poste qui en commande généralement moins de 300 k$…

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1091173/bombardier-dirigeants-remuneration-hausse-retraite-laurent-beaudoin
Au surplus, en exerçant les options qu’il détient, une bonification additionnelle de 6 M$ lui sera accordée en 2018 lors de la liquidation de ses actions sur le marché boursier:

Des millions pour les patrons de Bombardier, Journal de Montréal 30 août 2018
Bref, la « compétence » reconnue à sa juste valeur…