« Who Will run the World in 2019 »

En ce début d’année, les pronostics sur l’année qui s’amorce foisonnent: que ce soient les pronostics des économistes, des financiers, des dirigeants politiques,… chacun y va des prévisions pour l’année 2019. Certains pronostics sont positifs, d’autres négatifs et évidemment les mises en garde habituelles véhiculées dans certains médias.

Or, le magazine Foreign Affairs non seulement établit des pronostics pour l’année en cours – et les années à venir – mais fait également une analyse « rétrospective » du monde tel qu’il a été structuré depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le tout livré en 4 volets histoire d’avoir une vue d’ensemble (d’apprécier la « Big Picture« ) dans un monde en transition profonde.

Car, nul doute, l’ordre mondial qui prévalait à ce jour n’existe plus – ou n’existera plus encore longtemps – depuis des événements révélateurs d’une mutation profonde qui s’opère en ce moment. Mutation qui nous est révélée par le Brexit, l’élection du président américain Donald Trump et l’élection récente du président brésilien Jair Bolsonaro ainsiq que les dissensions profondes qui se manifestent au sein de l’Union européenne.

Volet #1 ; l’ordre mondial établi à la suite de la seconde guerre mondiale: « The Fourth Founding – The United States and the Liberal Order«

Dans le premier volet qui nous est livré par Foreign Affairs, on y explore l’accession graduelle des Etats-Unis à participer à la définition d’un nouvel ordre mondial, ces derniers ayant toujours mis en pratique une politique d’isolement et de « non intervention » – dans les affaires mondiales – et laissant aux gouvernements européens le soin d’en définir les modalités. Avec les conséquences que l’on connaît…

Ainsi, ce premier volet relate la vision qui animait les présidents américains – Harry Truman, Theodore Roosevelt, George H.W. Bush, Bill Clinton,… – visant à mettre en place et à maintenir un ordre mondial s’inspirant des « enseignements » ayant engendré la première et la seconde guerre mondiale, les avancées et les échecs subis tout au long de ce cheminement qui devait s’articuler en 4 étapes (« The Fourth Founding« ):

  • accords de Bretton-Woods visant à

– centrer le commerce mondial autour de l’économie américaine

– établir la monnaie américaine comme « monnaie de référence » (« reserve currency« )

  • création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) afin d’arbitrer les différends entre les états et établir des consensus globaux

 

  • mise sur pied de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) afin de

– garantir la croissance future par l’ouverture au commerce mondial

– « standardiser » les pratiques tarifaires/douanières entre les pays

– régler les différends commerciaux par l’arbitrage

  • établissement de la « Pax Americana » en vue de garantir la stabilité mondiale et la libre circulation des biens et des capitaux

Des principes qui ont régi les états jusqu’à l’élection récente du président américain Donald Trump.

Who Will run the World – 01 – The Fourth Founding – The United States and the Liberal Order – Foreign Affairs – 2019-01

Volet #2 ; l’ordre mondial établi à la suite des accords de Vienne: « How a World Order Ends – And What Comes in Its Wake«

Dans le second volet qui nous est livré par Foreign Affairs, l’analyse établit le cheminement qui a prévalu jusqu’à ce jour et prend référence sur les accords de Vienne conclus en 1815 – à la suite de la défaite de Napoléon – où les monarchies ont convenu:

  • de redéfinir les frontières afin d’assurer une stabilité géopolitique, notamment pour tenir compte de la montée en puissance de la Prusse qui allait s’amalgamer avec des « zones limitrophes » et devenir ultérieurement l’Allemagne
  • de régler les différends par la négociation afin d’assurer la permanence et la stabilité des monarchies
  • d’assurer un équilibre entre les puissances de façon à ce qu’aucune puissance – la France notamment – ne puisse s’imposer militairement aux autres monarchies

Malgré la guerre de Crimée qui a opposée la Russie à une coalition formée de la Turquie, de la France et de l’Angleterre en 1853, cet équilibre devait se maintenir jusqu’en 1914 alors que les conditions géopolitiques avaient grandement évolué depuis les accords de Vienne.

Ce qui devait amener la fin des monarchies en Russie et le démantèlement de l’empire Austro-Hongrois à l’issue de la première guerre mondiale et redéfinir un ordre mondial où l’Allemagne serait « contingentée » dans un rôle « régional », lequel devait prévaloir jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Who Will run the World – 02 – How a World Order Ends – And What Comes in Its Wake – Foreign Affairs – 2019-01

Volet #3 ; l’ordre mondial résultant de la montée en puissance de la Chine: « The Stealth Superpower – How China Hid Its Global Ambitions«

Le troisième volet qui nous est livré par Foreign Affairs aborde spécifiquement la question de la Chine, une « superpuissance occultée » qui a bénéficié de son admmission au sein de l’OMC pour se hisser au rang qu’on lui reconnaît aujourd’hui. Non sans avoir détourné à son avantage les règles de libéralisation du commerce mises en place par l’OMC et sans toutefois s’y conformer lorsque cela l’avantageait dans plusieurs secteurs.

Il importe de souligner le fait que, depuis son accession à l’OMC en 2001, les barrières tarifaires à l’exportation de ses produits ont été réduites – ce qui a amplifié son développement économique – alors que les investissements externes dans des entreprises chinoises ont connu une croissance fulgurante via les co-entreprises issues de ces participations. Des co-entreprises où les partenaires chinois exerçaient un contrôle majoritaire sur celles-ci et où l’obligation d’effectuer un transfert technologique était implicite.

C’est ainsi que la Chine a bénéficié des technologies de pointe développées à l’étranger et que, à défaut d’avoir adopté des mesures visant à protéger la propriété intellectuelle ou à travers des « moyens autres », s’est accaparé sans autre forme de compensation de technologies auxquelles elle n’avait pas accès.

A telle enseigne que le développement industriel et commercial de la Chine, laquelle ne respecte pas les règles mises en vigueur par l’OMC, lui a valu de ne pas être reconnue comme une « économie de marché » et sert de prétexte au président Donald Trump pour exiger le démantèlement de l’OMC et la fin des paramètres encadrant le commerce mondial, rien de moins.

Une montée en puissance qui s’est déroulée progressivement, pas à pas et de manière « occultée », sans que les dirigeants des économies développées n’y prêtent attention avant d’être confrontés à une réalité nouvelle, à l’effet que la Chine occupe aujourd’hui le 2ième rang dans l’économie mondiale.

Le tout en « ayant masqué » son plan de jeu mis en marche lors de son intégration au sein de l’OMC en 2001, soit d’utiliser à son avantage les règles de libre échange pour se hisser au rang de superpuissance économique tout en maintenant un contrôle absolu sur son économie et sur ses entreprises.

Who Will run the World – 03 – The Stealth Superpower – How China Hid Its Global Ambitions – Foreign Affairs – 2019-01

Volet #4 ; l’ordre mondial dans un monde divisé où la montée en puissance de la Chine sera déterminante: « The Age of Uneasy Peace – Chinese Power in a Divided World«

Le quatrième volet aborde la question du pouvoir qu’exerce la Chine, aujourd’hui, dans un monde de plus en plus divisé alors que plusieurs dirigeants politiques – Trump, Bolsonaro, Erdogan, Orban,… – entendent mettre fin aux grandes institutions qui ont garanti une paix mondiale à ce jour (ONU, OMC, OTAN,…).

En effet, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, un nouvel ordre avait pris forme basé sur le commerce à l’échelle mondiale comme étant valeur de référence convenue par tous – fin des barrières tarifaires, libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes,… – afin d’assurer la prospérité globale et une paix garantie par les liens commerciaux « nombreux et étroits » existant entre les états.

C’est dans cette optique que le 4ième volet aborde la stratégie que la Chine met de l’avant afin de consolider les bases de son ascension récente et garantir son développement futur, le tout dans un contexte où elle va égalemment s’employer à contenir et à défier la puissance militaire américaine tant dans la zone du Pacifique que dans les autres régions du monde.

Cette ambition nouvelle de la Chine visant à s’accaparer le 1er rang au niveau mondial s’articule via le programme de la Route de la soie (« Silk Road ») – où elle investira des milliards de dollars dans des pays tel le Pakistan, les Philippines, l’Indonésie, le Vietnam, l’Équateur, la Grèce, le Sénégal,… – afin d’y faire fructifier les liquidités dont elle dispose mais également afin de contraindre les gouvernements gérant des économies « faibles » à lui céder des avantages géopolitiques d’importance pour son rayonnement à l’échelle mondiale.

Sans passer sous silence la récente ouverture d’une base militaire chinoise à Djibouti, à proximité du détroit d’Ormuz (où tansite 30-40% du pétrole brut consommé à l’échelle mondiale), et visant à lui procurer une assise militaire au-delà de la zone du Pacifique…

Who Will run the World – 04 – The Age of Uneasy Peace – Chinese Power in a Divided World – Foreign Affairs – 2019-01

 

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