Alors que les milieux financiers et journalistiques ne font état que du programme de 2,2 T$ (2 200 milliards de $) adopté par le Congrès américain, un relevé plus exhaustif des programmes initiés par le gouvernement américain fait état d’engagements financiers (i.e. « dollars imprimés » pour des allocations, des prêts,…) autrement plus importants à ce jour.
Cependant, à travers des « artifices » créés de toute pièce pour faire face à l’hécatombe économique, une compilation sommaire établit ces déboursés et engagements à hauteur de 4 800 milliards de $ aujourd’hui.
Au surplus, il est à prévoir que ces engagements seront insuffisants et devront être majorés substantiellement dans les semaines et les mois à venir…
Ainsi, dans un premier volet de son intervention dans l’économie américaine, dès que le coronavirus eut amorçé son envol aux États-Unis – après s’être solidement implantée en Europe – et après que les premières mesures de confinement furent édictées, les effets sur l’économie démontraient déjà des effets dévastateurs:
- fermeture des usines/sites de production/entreprises non liés aux services essentiels
- fermeture des lieux d’enseignement
- interdiction du commerce de détail
- fermeture complète du secteur de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme
- mise à pied du personnel dans nombre d’entreprises et dans celui du secteur des services
- fermeture de l’espace aérien & annulation des vols en provenance de/vers l’étranger
- hausse significative du chômage qui atteint plus de 15 millions d’individus deux semaines après la mise en place des mesures de confinement
- …
Et, avec comme corollaire:
- faillites prévisibles (à court terme) dans nombre de PME
- faillites prévisibles (à court terme) des entreprises liées au commerce de détail, de la restauration, de l’hôtellerie, du tourisme,…
- faillites prévisibles (à moyen terme) chez les entreprises liées au transport aérien
- incapaticé des personnes ayant perdu leur emploi de payer loyer, nourriture et soins médicaux (perte d’emploi = perte de revenus & perte d’emploi = perte de couverture d’assurance)
- insuffisance de fonds dans le programme d’assurance chômage de faire face aux réclamations des nouveaux postulants
- inéligibilité des personnes ayant perdu leur emploi d’avoir accès aux soins médicaux de base, les programmes Medicare & Medicaid ne s’appliquant que pour des catégories de bénéficiaires très spécifiques
- …
Un programme de redressement financier autrement plus important que le programme « American Recovery And Reinvestment Act » (adopté par le Congrès américain lors de la crise financière de 2008-2009) s’imposait, lequel avait permis l’injection de fonds à hauteur de 831 G$ en 2008-2009:
American Recovery and Reinvestment Act – Investopedia
« Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act »
Bref, l’hécatombe économique était amorçée et le Congrès américain adoptait, le 25 mars, le « Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act » mieux connu sous l’acronyme CARES. Un programme de 2 200 milliards de $ visant à pallier aux urgences du moment et consistant à verser des allocations aux individus/familles, des aides pour les PME, du financement pour les hôpitaux et les soins de santé,…
US congressional leaders agree on $2tn stimulus deal – Financial Times – 2020-03-25
Un programme analysé et synthétisé sous forme de rubriques génériques par Tyler Durden du site financier Zero Hedge:

Et des éléments additionnels d’information disponibles sur le site Investopedia:
Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security (CARES) Act – Investopedia
Les secteurs/domaines d’activité supportés par le programme CARES
« Paycheck Protection Program (PPP) »
-
- Objectif du programme : subventionner les salaires versés aux employés afin de maintenir les activités de production
- Montant alloué : 349 milliard de $
- Clientèle visée : petites entreprises, OBNL, organisations de vétérans,… de moins de 500 employés
- Modalités : prêts maximum 10 millions $ (ou prêts non remboursables selon certaines modalités) géré via le « Small Business Administration SBA »
« Economic Injury Disaster Loans »
-
- Objectif du programme : maintenir les opérations en cours
- Montant alloué :
- Clientèle visée : petites entreprises, OBNL, organisations de vétérans,…
- Modalités : allocation non remboursable 10 000 $
« Pandemic Unemployment Insurance »
-
- Objectif du programme : augmenter l’éligibilité et les montants alloués pour les employés mis à pied
- Montant alloué :
- Clientèle visée : chômeurs « normalement non admissibles » à l’assurance chômage selon critères habituels (entrepreneurs, travailleurs indépendants,…)
- Modalités : prolongement des allocations de 26 @ 39 semaines
« Tax Exchange and Credits »
-
- Objectif du programme : rabais sur l’impôt à payer
- Montant alloué : 1 200 par contribuable + 500 $ par enfant
- Clientèle visée : tous les résidents
- Modalités : rabais consenti pour revenu inférieur à 75 000 $ pour célibataires ou 112 500 $ pour le revenu familial le plus élevé
« Borrowing from Retirement Plans »
-
- Objectif du programme : revenu d’appoint pour les détenteurs de régimes de retraite 401(k)
- Montant alloué :100 000 $
- Clientèle visée : tous les résidents
- Modalités : aucune pénalité pour fonds retirés des régimes de retraite
« Health Care »
-
- Objectif du programme : subventions pour achat/stockage d’équipements médicaux, développements de vaccins,…
- Montant alloué :100 milliards $
- Clientèle visée : fournisseurs d’équipements + prestataires de soins
- Modalités :
« Economic Stabilization »
-
- Objectif du programme : support financier pour assurer des liquidités suffisantes à la poursuite des activités
- Montant alloué :500 milliards $
- Clientèle visée : entreprises, industries, états, municipalités,…
- Modalités : prêts et garanties de prêts consenties aux entreprises qui renoncent au versement de dividendes, à limiter les augmentations de salaires aux cadres supérieurs,…allocation selon la population
« State and Local Government Relief Fund »
-
- Objectif du programme : support financier pour assumer les dépenses liées à la crise du coronavirus
- Montant alloué :150 milliards $
- Clientèle visée : états et municipalités
- Modalités : allocation selon la population
« Earmarked Spending »
-
- Objectif du programme : support financier pour les agences gouvernementales, les arts, l’assistance aux réfugiés, les prêts aux étudiants,…
- Montant alloué :
- Clientèle visée : organismes relevant du gouvernement fédéral (« Peace Corps »,…), OBNL dans le domaine des arts,…
- Modalités :
Les éléments saillants du programme se résument ainsi:

Compilation avec accès aux références:

Cela étant, à ce jour, tel que compilé par les analystes du site Wolf Street, les obligations acquises par la FED dans le cadre du programme CARES (émissions d’obligations du Trésor achetées par la FED <=> $ imprimés par la FED et transférés au Trésor) ont fait augmenter son bilan de 2 260 milliards de $ en moins de 6 semaines.
Fed Cut Back on Helicopter Money for Wall Street & the Wealthy – Wolf Street – 2020-04-23


Tout compte fait, les injections de fonds dans l’économie, via le programme « Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act (CARES)« , représentent une injection de 2 200 milliards de $ dans l’économie, une intervention majeure afin de soutenir le secteur financier en détresse.
Des mesures de croissance économique?
L’adoption par le Congrès du programme CARES consiste à injecter dans l’économie des fonds de 2 200 milliards de $ afin de faire face aux effets immédiats de la pandémie et son incidence négative sur l’économie. En quelque sorte, sur émission d’obligations autorisées par le Congrès, la Réserve fédérale a « imprimé des billets de banque » – à hauteur de 2,2 T$ – qui ont servi à honorer les allocations et prêts, ces sommes ayant été transférées au Trésor pour qu’elles soient « investies » selon les modalités prévues dans la loi.
Une liquidité phénoménale qui a été injectée dans le système financier en quelques semaines, à peine.
Du jamais vu !
Ainsi, le marché boursier a pris note de cet appui marqué du gouvernement américain à maintenir à flot tant les programmes sociaux que les entreprises – petites, moyennes et grandes – faisant face à des contraintes de liquidités sérieuses et à la remorque des conditions qui menaçaient leur survie. A cet égard, la remontée boursière des dernières semaines n’est pas étrangère à cet injection massive de liquidités dans l’économie.
Cela étant, peut-on considérer une telle injection de liquidités comme étant un programme de stimulus visant à relancer l’économie sur de nouvelles assises?
Nullement…
Ainsi, comme plusieurs analystes l’ont souligné, ces allocations/prêts/garanties de prêt n’ont eu pour but que d’éviter un écrasement total et majeur de l’économie, crise qui aurait été beaucoup plus importante que la crise financière de 2008-2009.
Ainsi, tel que le souligne le financier John Mauldin dans un commentaire récent:

Et d’ajouter:

Bending the Inflation Curve – John Mauldin – Mauldin Economics – 2020-04-10
Bref, en résumé, nullement un injection de fonds visant à stimuler et assurer une croissance économique mais un diachilon posé sur une plaie béante…

