Au moment où Donald Trump, désespéré de la tournure des événements avec des dirigeants iraniens qui ne veulent pas se plier à ses impératifs, envisage de « littéralement détruire » l’Iran dans les prochains jours, eh bien à ce jour force est de constater que les Iraniens ont mis en place un ensemble de mesures pour faire « payer chèrement » au monde occidental si une telle menace était mise à exécution.
Notamment en fermant le détroit d’Ormuz via des mines tant conventionnelles que des mines sophistiquées de dernière génération…
Le détroit d’Ormuz
Essentiellement, un détroit qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman par lequel les navires traversant ce détroit peuvent autant exporter des produits pétroliers en provenance de l’Arabie Saoudite et des pays du golfe que d’importer des denrées alimentaires pour ces pays qui sont dépourvus de moyens pour les produire localement.

The-Strait of Hormuz Strategic Chokepoint – Mutsubishi UFJ Financial Group
Les éléments saillants définissant les zones de circulation dans le détroit d’Ormuz sont:
Ainsi, tenant compte de la nature stratégique de ce détroit et des marchandises qui y transitent en grand nombre, sous l’égide de Nations Unis furent convenus deux corridors par où circulent les navires tant pour transiter hors du golfe Persique que vers le golfe pour y convoyer les denrées alimentaires essentielles à ces pays:

Par ailleurs, le long des côtes et ailleurs dans le détroit, les navires à haut tonnage (dont les Very Large Crude Carriers VLCC transportant du pétrole) sont invités à n’utiliser que les corridors désignés par les Nations Unies et à éviter également les zones où les haut-fonds sont présents et où les brouillards se manifestent à l’occasion, ce qui réduit singulièrement les zones où peuvent circuler les navires de fort tonnage :

Strait of Hormuz – Geography – The Strauss Center
Il va sans dire que les navires à tonnage réduit peuvent transiter ailleurs que dans les corridors désignés comme tels mais s’exposent, néanmoins, à être détruits par les mines qui y seraient déposées par les Iraniens pour limiter la circulation dans le détroit d’Ormuz.
La circulation actuelle dans le détroit d’Ormuz
A l’évidence, depuis le 28 février dernier, la simple menace à l’effet que l’Iran aurait disposé des mines dans le détroit a fait en sorte que les armateurs ont cessé tout transit de marchandises et de produits pétroliers à travers le détroit d’Ormuz, comme en témoignent les relevés suivants:
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Transits de produits pétroliers depuis le 28 février
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Circulation de navires dans le détroit d’Ormuz le 6 avril 2026
Les mines iraniennes
Même si l’Iran n’a jamais confirmé à ce jour avoir déployé des mines dans le détroit d’Ormuz, selon le Commandement central des États-Unis, ils auraient déployé un dispositif dense de mines à influence dans le détroit. L’imagerie satellitaire et la surveillance sous-marine ont révélé la présence d’au moins 200 mines de fond à l’approche orientale du détroit

Republique islamique d’Iran – Guerre des mines – GlobalSecurity – 2026-03-17
Par ailleurs, certains modèles de mines seraient des mines sophistiquées de dernière génération en mesure de détecter le type de navire se déplaçant en surface et, selon leurs programmations, émerger pour cibler les pétroliers Very Large Crude Carrier VLCC ou encore des navires militaires de la marine américaine.
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| Mahan 3 | Mahan 7 |
Quant aux dommages que les navires peuvent subir, par exemple le USS Samuel B. Roberts touché par une mine iranienne en avril 1988 durant le conflit Iraq-Iran :


USS Samuel B. Roberts
Mais où sont les dragueurs de mines ?
A l’issue de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis disposaient de centaines de drageurs de mine notamment de la classe Avenger mais ceux-ci ont été retirés du service, remplacés par des navires type Littoral Combat Ships LCS et qui sont en ce moment déployés ailleurs en Asie et notamment à Singapour :


Littoral Combat Ship LCS
Bref, prévoyant mener une campagne militaire contre l’Iran, les autorités américaines ont jugé que déployer les démineurs LCS ailleurs en Asie serait une décision plus judicieuse… exposant les navires américains à n’avoir aucun service de déminage à leur disposition si besoin était…
Par ailleurs, selon plusieurs spécialistes, non seulement les navires du type LCS ne seront pas en mesure d’intervenir dans le détroit d’Ormuz le cas échéant mais, qui plus est, se sont avérés inefficaces pour remplir les fonctions de déminage :
Rouvrir le detroit d’Ormuz – Il y a un gros probleme – Washington Post – 2026-03-27
Une année complète pour déminer le canal de Suez à la fin du conflit Egypte-Israël
Ainsi, s’agissant du conflit actuel entre les États-Unis et l’Iran, non seulement les États-Unis ne disposent pas de matériel adéquat pour réaliser – le cas échéant – des opérations de déminage dans le détroit d’Ormuz mais, selon un officier britannique qui s’appuie sur les opérations de déminage dans le canal de Suez à la fin des hostilités entre l’Égypte et Israël en 1974, ces opérations ont duré plus d’une année avant que le canal ne soit ouvert à la circulation…


Par ailleurs, même dans le cas où on prétend qu’une zone a été déminée et que la circulation y serait sans danger, l’expérience de la Seconde guerre mondiale nous apprend que, près de 80 années après la fin du conflit, des mines allemandes continuent à échouer sur les rivages en Angleterre et demeurent, donc, un risque qui perdure bien longtemps après la fin des hostilités:

Rouvrir le detroit d’Ormuz – Il y a un gros probleme – Washington Post – 2026-03-27
Alors assisterons-nous à une guerre totale des Américains menée sur le territoire iranien?
En conclusion, il est à espérer que Donald Trump ne mettra pas à exécution son intention de livrer une « guerre totale et finale » à l’Iran alors que celle-ci a démontré, d’une part, un niveau de préparation pour résister à une telle campagne et que, d’autre part, elle possède des outils qui pourraient mettre à mal toute l’économie occidentale et asiatique et, notamment, celles de États-Unis.
Cela étant, devant la tournure récente des événements et incapable de mettre fin au bourbier qu’il a lui-même créé le 28 février dernier, en désespoir de cause, il est permis de penser qu’il ira de l’avant avec une guerre tout azimuths contre l’Iran estimant qu’il s’agit de la seule issue dont il dispose pour l’instant…

