A terme, la Chine sera à parité avec les forces navales américaines dans la mer de Chine

Plus particulièrement depuis son admission au sein de l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001, la Chine a connu un formidable développement économique lequel a permis l’essor de grands groupes industriels et financiers présents, aujourd’hui, sur tous les continents. Son emprise aujourd’hui est telle que nombre de pays légifèrent pour limiter l’acquisition d’actifs sur leurs territoires et la mainmise de technologies « sensibles » qui pourraient en découler.

C’est ainsi que, s’agissant des Etats-Unis, sous l’impulsion du président Donald Trump, ce dernier a mis en place une stratégie afin d’en arriver à un équilibre dans les relations commerciales entre les deux pays. Au surplus, des stratégies périphériques ont également été déployées afin de protéger les acquis industriels américains (i.e. les brevets) et afin de sauvegarder des technologies « sensibles » pour qu’elles ne soient pas utilisées contre les intérêts des pays développés. Et, en marge des discussions entre la Chine et les Etats-Unis, une demande à l’effet que la Chine abdique de tout développement technologique significatif futur de façon à maintenir l’avance technologique des pays développés

Mais, voilà, la Chine – et toute puissance en émergence – ne saurait accepter une telle condition alors qu’elle a adopté un ambitieux plan de développement technologique « Made in China 2025 » amplement étayé dans cette chronique de Bloomberg:

How ‘Made in China 2025’ Frames Trump’s Trade Threats – Bloomberg – 2018-05-03

Bref, à terme la Chine entend atteindre la parité technologique avec les pays occidentaux dès 2025 et, par la suite, exercer un leadership mondial dans toutes les technologies du futur, soit l’intelligence artificielle, l’électronique de grande puissance, le secteur de l’énergie, les télécommunications, la robotique,…

La puissance navale américaine garante de la suprématie mondiale des intérêts américains et des pays aux économies développées

A l’issue de ls seconde guerre mondiale, les Etats-Unis sont devenus de facto la première puissance – militaire et économique – globale en remplacement de la Grande Bretagne qui n’avait plus les moyens de ses ambitions passées. Et, afin de contrer l’émergence de l’Union soviétique, les Etats-Unis ont développé une formidable puissance navale en mesure de garantir la libre circulation des biens et, au besoin, d’exercer des blocus si la situation le commandait.

De plus, avec l’assistance des pays alliés, non seulement 7 groupes d’intervention tactique ont été déployés (chaque groupe constituant une force d’intervention à nulle autre pareille et étant centrée autour d’un porte-avion avec ses navires d’accompagnement) mais les Etats-Unis ont entrepris d’établir des bases navales, sur tous les continents, de façon à exercer un contrôle absolu sur tous les théâtres d’opération dans le monde.

Groupe naval d’intervention tactique (2e flotte d’intervention dans l’Atlantique Nord) avec ses navires d’accompagnement

 

Répartition des groupes navals d’intervention tactique et des bases navales à l’échelle globale

 

L’émergence de la Chine comme puissance économique et militaire et les risques de blocus en mer de Chine

Les historiens ont mis en évidence le fait qu’une des causes du déclenchement des hostilités entre le Japon et les Etats-Unis avait pour origine le fait que les Etats-Unis exerçaient un embargo sur les matières premières dont le développement du Japon était tributaire et assuraient une domination dans le Pacifique Sud, notamment par le blocus qu’ils étaient en mesure d’exercer sur l’approvisionnement pétrolier du Japon en cas de conflit entre les deux puissances émergentes. Ce blocus pouvait s’exercer par le contrôle de la ceinture d’îles s’étendant du Japon jusqu’en Australie et en mesure de priver le Japon de matières premières essentielles à l’expansion de son emprise en Asie.

Or, aujourd’hui, la Chine fait face à la même réalité puisque l’essentiel des matières premières nécessaires à son développement – ainsi que son approvisionnement pétrolier – est tributaire d’un libre accès à ces produits venant de l’étranger et s’avère à la merci d’un blocus qui pourrait être décrété contre ses intérêts stratégiques et militaires. Il s’agit de la raison première pour laquelle la Chine a aménagé des ilots dans la mer de Chine pour leur conférer une vocation militaire afin d’assurer la prépondérance de ses intérêts dans cette région, au premier plan, et de revendiquer subidiairement la souveraineté sur tout ce territoire maritime, riche en matières premières et en hydrocarbures.

La puissance navale américaine en mesure d’exercer un contrôle absolu en mer de Chine… pendant quelques années encore?

A l’évidence, le renforcement récent de la marine militaire chinoise ne saurait se comparer aux moyens colossaux dont disposent les Etats-Unis pour exercer une hégémonie sur tout le territoire maritime revendiqué par la Chine tant la puissance navale américaine – et les avions dont elle dispose – s’avèrent largement supérieurs aux moyens dont dispose la marine chinoise. Cependant, cette puissance navale tactique, dans ses moyyens conventionnels – porte vions, navires, aviation,… –  doit prendre en considération le développement d’une nouvelle génération d’armes lesquelles rendront inopérants les moyens dont disposent les américains dans cette partie du globle.

Il s’agit essentiellement des missiles supersoniques dont la vitesse est telle – Mach 14 – que les armements de défense ne peuvent les contrer et qui seraient, par leur portée, en mesure d’infliger de sérieux dégats à la 7e flotte déployée dans cette partie du globe.

Missiles S-400 – Mach 14 et portée 400 km – livrés par la Russie à la Chine

Développement d’un nouvelle génération de missiles supersoniques et hypersoniques

Le magazine Asia Times nous présente les éléments saillants d’une nouvelle génération de missiles en mesure d’atteindre des cibles situées à 400 km de distance à une vitesse telle qu’aucun mécanisme de défense n’est en mesure de les contrer à ce moment-ci:

All S-400 parts on order reportedly delivered to China – Asia Times – 2018-05-14

Ainsi, ces missiles, déployés sur les récifs artificiels aménagés par la Chine dans la zone maritime qu’elle revendique, pourraient être en mesure à terme d’exercer un contrôle absolu sur ce territoire et de concéder de facto la souveraineté de la Chine sur un territoire revendiqué également par les pays limitrophes.

Par ailleurs, ces nouveaux armements livrés à la Chine s’exercent de façon concommittante avec le développement par la Chine d’une nouvelle génération de missiles hypersoniques tel qu’en atteste la magazine The Diplomat:

Introducing the DF-17 China’s Newly Tested Ballistic Missile Armed With a Hypersonic Glide Vehicle – The Diplomat – 2017-12-28

Concéder à la Chine la souveraineté sur le territoire maritime qu’elle revendique?

A l’évidence, les ambitions chinoises sont « grandes » et la Chine entend déployer tous les moyens nécessaires afin d’atteindre la parité technologique avec les pays occidentaux dès 2025 et devenir, par la suite, la première puissance technologique, financière et industrielle durant le 21e siècle. Il ne saurait exister aucun doute à cet effet et les pays développés doivent prendre acte de la détermination de la Chine à exercer un monopole en ces domaines dans l’avenir.

Cependant, tel que nous l’enseigne l’histoire, toute puissance industrielle, économique et financière peut avoir comme ambition « légitime » de devenir également une puissance militaire à l’échelle globale. Malgré les assurances émises par les dirigeants chinois en poste aujourd’hui, dès qu’elle exercera un contrôle militaire « effectif » en mer de Chine, ses impératifs stratégiques pourraient l’amener par la suite à étendre la portée de ses intérêts à l’échelle mondiale.

Il importe donc que les pays dont les économies développées bénéficient des avantages que procure la libre circulation des biens prenne acte de cette réalité et qu’ils adoptent les mesures nécessaires afin d’assurer la « neutralité militaire » qui existe en ce moment dans la mer de Chine. Alors que, à contrario, fermer les yeux sur les avancées technologiques, financières, industrielles et militaires de la Chine pourrait amener la répétition des conflits vécus au dernier siècle.