Tous se remémorent cette fable de La Fontaine:
Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : « Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. « La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.
Evidemment, telle fable trouve son application en politique mais, s’agissant de la division aéronautique de Bombardier, trouve une application encore plus pertinente.
A telle enseigne que « le marché doute de l’avenir de la division aéronautique » de Bombardier tellement les pronostics sont incertains.
Il était une fois la Série C…
Dans une analyse rendue publique depuis peu sur le site FlightGlobal, le apécialiste Jon Hemmerdinger introduit son commentaire avec cette mise en situation:

Bombardier returns to regional aircraft roots – FlightGlobal
Eh bien, les « executives » ont commis une erreur magistrale qui risque d’amener Bombardier à se retirer du domaine aéronautique, rien de moins.
Ainsi, la saga des avions de la Série C fut un véritable désastre et a virtuellement amené l’entreprise en faillite, n’eut été d’une injection de capitaux à hauteur de 1 G$ par le gouvernement du Québec et la « reprise en main de la faillite » opérée par Airbus afin de sauver la Série C d’une débâcle totale.
On peut certes présumer que les « executives » du Conseil d’administration à l’orgine de cette regrettable décision sont sans doute les mêmes individus qui ont pris la décision de démanteler un aéroport tout neuf – Mirabel – quitte à remettre à flot un aéroport – Dorval – en opération à l’époque du film Casablanca mettant en vedette Humphrey Bogart et Ingrid Bergman… Le tout aux frais des usagers et contribuables qui ont supporté des coûts faramineux pour réhabiliter un aéroport « vétuste et dépassé » mais dont le milieu des affaires justifiait le réaménagement par son accès plus rapide pour des transits vers Toronto…
Ainsi, après la débâcle vécue par la série C cédée à Airbus pour 1 €, l’analyse du site Flight Global rapporte les propos des dirigeants actuels qui se veulent rassurants quant à la viabilité à long terme des avions régionaux de la série Q400 et des avions d’affaire CRJ.
Plus spécifiquement le fait, durant toute la saga du développement de la Série C, que Bombardier a investi dans l’amélioration et dans la modernisation de ses autres produits, notamment par l’installation « d’éclairage DEL » dans la nouvelle série Atmosphère de la gamme Q400…

Avion turbopropulseur Q400 en opération chez Ethiopian Airways
Qui plus est, à l’invitation de ses partenaires, elle n’a pas cru utile de remplacer les turbopropulseurs CF34 par des moteurs plus récents et plus performants, prétextant un surplus de poids qui limite l’accès d’avions plus lourds aux aéroports régionaux.
Donc, en résumé, selon les porte paroles de Bombardier, l’avenir s’annonce radieux pour ses avions régionaux ainsi que ses avions d’affaire.
Et pourtant, Bombardier a récemment fermé ses installations de Downsview, en banlieu de Toronto, site de production des avions de la série Q400 et cédé ses terrains afin d’augmenter ses liquidités, les avions de la série Q400 étant dorénavant assemmblés en Chine:

Assemblage des turbopropulseurs de la gamme Q400 en Chine
Et pourtant, malgré les propos rassurants, « le marché » doute de l’avenir de la division aéronautique de Bombardier
Une courte nouvelle, à l’origine publiée sur le site financier Leehan et relayée sur le site Flieger Faust fait état d’un carnet de commande anémique pour Bombardier, tant pour les avions régionaux Q400 que pour ses avions d’affaire CRJ:
Ainsi, selon les informations qui y sont consignées, face à ses compétiteurs tel l’avionneur franco-italien ATR, l’avionneur brésilien Embraer ou l’avionneur japonais Mitsubishi, Bombardier est positionnée en fin de peloton et n’accapare qu’une part de marché réduite dans ces deux créneaux, avec un carnet de commande des plus insignifiant:
Avions régionaux à turbopropulseurs:
256 avions dans le carnet de commmande de l’avionneur ATR
67 avions Q400 dans le carnet de commande de Bombardier
soit une part de marché de 80% pour l’avionneur ATR
Avions d’affaire:
442 avions dans le carnet de commande de l’avionneur brésilien Embraer
83 avions CRJ dans le carnet de commande de Bombardier
soit une part de marché de 89% pour Embraer récemment fusionnée avec le géant américain Boeing
Cet état de situation est corroboré par la compilation établie sur le site Glight Global dans son analyse présentée en juin 2018:

Or, cet état du marché des avions régionaux et des avions d’affaire nettement à l’avantage des compétiteurs de Bombardier ne tient nullement compte des avions qui seront proposés sous peu par l’avionneur chinois Comac dans son modèle ARJ21 en cours d’homologation

Comac Speeds ARJ21 Production, Readies Flight Deck Redesign – Aviation International News
ainsi que le CR929 développé conjointement avec l’avionneur russe United Aircraft Corporation UAC:
UAC and COMAC approved the general layout of CR929 next new wide-body aircraft – CompositesWorld
Quel avenir pour Bombardier dans le segment des avions régionaux et des avions d’affaire?
A l’évidence et quoique que prétendent les dirigeants de Bombardier – et tel que le prédit « le marché » -, à moins d’une fusion avec l’un de ses compétiteurs, dans la mesure où:
- l’avionneur franco-italien ATR s’appuie sur le financement des gouvernements européens
- l’avionneur Embraer a récemment finalisé une fusion « entre égaux » avc le géant américain Boeing
- l’avionneur Comac reçoit un appui inconditionnel du gouvernement chinois et dispose de moyens financiers colossaux
- l’avionneur Mitsubishi s’appuie sur d’importants moyens financiers étant partie intégrée au conglomérat Mitsubishi
il y a fort à parier que Bombardier ne soit forcé de mettre fin à ses opérations en aéronautique dans les prochaines années.
Et cela est attibuable à l’erreur stratégique liée au développement de la Série C, un développement qui a mis à sec les moyens financiers dont disposait Bombardier avant son aventure dans la « cour des grands »:
« La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf »