Récemment, Amazon a fait l’acquisition, pour la modique somme de 13,7 milliards de $ US, de la chaîne d’alimentation Whole Foods qui possède des points de vente aux EU, au Canada et en Angleterre. Un achat payé « comptant » dans un marché évalué à 600 milliards de $. Précisons que, durant les dernières années, Walmart a ajouté le segment « alimentaire » dans ses surfaces et s’est positionné au 2ième rang pour la distribution alimentaire. Alors qu’Amazon, avec l’acquisition de Whole Foods, se positionne déjà au 5ième rang dans ce marché.

Voir l’article sur le site ZDNet:
Mais, diable, que vient faire Amazon dans le marché alimentaire? Tout simplement, s’accaparer l’entièreeté du marché en écrasant tous les autres distributeurs, notamment les petits commercants qui ne pourront supporter la concurrence d’Amazon.
Ainsi, nous connaissons tous Amazon: on fait ses achats en ligne et, 24 heures plus tard, nos achats nous sont livrés avec une garantie inconditionnelle de remboursement. Et Amazon peut offrir de tels prix et un tel service parce que toute sa chaîne de distribution – « chaîne logistique » – est basée sur de « super entrepôts » installés dans les grandes villes et en mesure de nous livrer rapidement nos achats. Difficile à battre, on en conviendra, avec une entreprise qui nous garantit les prix les plus bas, au surplus.
Eh bien, en faisant l’acquisition du détaillant alimentaire Whole Foods, Amazon va ajouter à ces points de vente au détail des « entrepôts alimentaires locaux » situés dans nos quartiers.et en mesure de nous livrer notre salade, notre fromage,… dans les 2 heures suivant nos achats. De plus, avec son immense pouvoir d’achat, ces prix seront imbattables et on peut déjà prévoir les fermetures à venir de nombre de détaillants Métro, IGA,… dans nos quartiers. Voilà la révolution qui s’amorce dans le commerce alimentaire au niveau du détail.
Maintenant, au niveau de nos producteurs agricoles, cette venue « en masse » des Walmart et Amazon dans le secteur de l’alimentation ne sera pas sans conséquences. Ainsi, Walmart et Amazon n’hésiteront pas à acheter leurs tomates – vendues au Québec – en Ontario s’ils peuvent se les procurer à 1/8 de cent moins chères que le prix offert par nos producteurs, ce qui aura des conséquences importantes pour nos producteurs, peu importe les lois et règlements que l’on pourrait adopter pour garantir leur survie.Au surplus, pour ceux qui estiment que les producteurs bio seront à l’abri de ces grands bouleversements, qu’à cela ne tienne: Amazon va également offir des aliments bio dans tous ses points de vente.
Ainsi, nos producteurs locaux auront deux choix:
1) s’ils sont incapables de produire et de vendre à Walmart et Amazon à des prix égaux ou inférieurs au gros producteurs américains, eh bien la faillite éventuelle se pointe à l’horizon
2) s’ils se regroupent en coopératives de distribution alimentaire (à l’image des producteurs laitiers qui se sont regroupés sous Agropur) alors ils seront en mesure de livrer compétition aux grands producteurs d’ailleurs.
Ainsi, demain s’ouvre à Québec une grande concertation pour positionner le Québec face à la renégociation des ententes de libre-change Québec-Canada-USA, notamment dans le secteur du bois d’oeuvre et celui de l’ouverture du secteur agricole à la compétition américaine.
J’estime que tout cela est bien « beau » mais, si nos dirigeants politiques ne sont pas en mesure d’agir rapidement pour mettre à l’abri nos producteurs agricoles – en les incitant à se regrouper sous forme de coopératives -, eh bien dans quelques années nos tomates viendront du Vénézuéla, notre lait de l’Orégon et notre céleri… de la Saskatchewan.
Et ce ne sont pas les gouvernements qui vont induire ou freiner ces changements dans nos habitudes de consommation mais les consommateurs québécois lesquels, attirés par les bas prix d’Amazon avec une livraison en un tour de main, qui vont tourner le dos à nos producteurs locaux et fragiliser ainsi toute notre secteur alimentaire.