En cet avant-veille de Noël, oublions les « turpitudes » financières que nous connaissons pour aborder un sujet plus léger, soit les nouveaux systèmes informatiques censés faciliter notre vie de tous les jours, notamment les systèmes de reconnaissance façiale. A cet égard, la Chine est, incontestablement, le leader dans le domaine. J’y reviendrai.
Ainsi, durant ma carrière, j’ai eu l’incroyable opportunité d’occuper un poste de chercheur à l’IREQ (institut de recherche d’Hydro-Québec) où, à l’époque, nous faisions partie des grands centres de recherche dans le monde. Durant ces années de grande opulence, Hydro-Québec, sous le leadership de dirigeants tel Robert Boyd, Lionel Boulet et Richard Drouin, faisait confiance à la recherche et endossait les nouvelles avenues technologiques et énergétiques.
Rappelons à cet égard que, dans les années 60, Hydro-Québec avait réussi le pari financier et technologique de développer les lignes à haute tension 735 kV, une première mondiale. C’était également l’époque de la Révolution tranquille où le Québec s’affirmait dans tous les domaines, notamment le secteur économique qui devait amener le Québec Inc. louangé par tous. Nous avions confiance en nos moyens, les défis à relever étaient énormes et nous allions démontrer à tous les aptitudes de cette nouvelle génération d’ingénieurs et de scientifiques issus de nos écoles en mesure de relever les plus grands défis.
C’était l’époque où la recherche en fusion nucléaire était menée par une brillante équipe de physiciens regroupés sous le projet Tokamak de Varennes, et que le projet moteur-roue était mené par le Dr. Pierre Couture, à titre d’exemples. Mlaheureusement, aujourd’hui, les choses ont bien changé depuis le passage d’André Caillé et de Thierry Vandal…
J’y côtoyais donc de grands scientifiques venus de l’étranger et il existait une grande émulation entre nous, reprenant le motto de Star Trek « To go where no man has gone before! ». Evidemment, jeune chercheur et jeune scientifique, la technologie était, pour moi, sans limite et n’avait comme seul objectif que de mieux servir le Québec par des innovations technologiques à son seul profit.
Puis, au fil de l’expérience et de la maturité, cela nous amène à relativiser les avancées technologiques et à en questionner l’à-propos ou la « raisonnabilité » devant les « dérives » que la technologie peut induire dans nos collectivités. Surtout en cette ère où, avec les formidables avancées de l’électronique et de l’informatique, pas un seul jour ne se passe sans qu’on ne nous propose une « nouveauté » ou une « amélioration » ou de tout simplement « révolutionner » notre quotidien. C’est le cas notamment des systèmes de reconnaissance faciale qui vont connaître un grand essor dans les années à venir, avec tous les risques que cela comporte pour notre vie privée.
Ainsi, le site internet Wolf Street nous fait part de l’implantation généralisée au Mexique, d’ici la fin de 2018, de la reconnaissance biométrique pour quiconque transigera avec une banque, que ce soit pour un dépôt/retrait dans son compte bancaire, une demande d’une nouvelle carte de crédit ou le retrait dans un guichet bancaire:
En quoi consiste l’enregistrement et l’utilisation des données biométriques? Simplement l’enregistrement des empreintes digitales et celle de l’iris qui seront consignées sur des serveurs et utilisées pour valider l’accès aux services bancaires et financiers eafin d’éviter la fraude et les contrefaçons. Sans ces données stockées sur les serveurs eh bien plus aucun accès aux services bancaires et à l’achat de biens/services, via la carte de crédit, dans la vie de tous les jours.

Humm, voilà qui laisse perplexe sur l’utilisation « détournée et à mauvais escient » qui pourrait être faite de nos données biométriques, des informations « privées » qui seront dorénavant consignées par les autorités sans que le citoyen ne pusse s’y opposer.
Ainsi, 91 millions de mexicains d’âge adulte auront leurs données biométriques enrgistrées sur des serveurs gérés par une association regroupant les banques et les entités financières opérant sur le territoire mexicain, rien de moins. Evidemment, le gouvernement mexicain ira de l’avant en consignant ces données sur ses propres serveurs et en généralisant l’utilisation des données biométriques dans la vie de tous les jours. Ce qui soulève la question du droit à la vie privée et de la protection et de l’utilisation des données à des fins frauduleuses.
Evidemment, on aura beau affirmer que ces données seront sécurisées, qu’elles seront strictement réservées aux fins pour lesquelles elles ont été mises en place. Soit. Mais comment garantir qu’elles ne seront pas « hackées » comme le furent les données consignées par Equifax (noms, adresses, numéros d’assurance sociale, comptes bancaires, numéros de cartes de crédit, historique de crédit,…) sur ses clients et touchant 143 M de citoyens américains? Comme le furent les données enregistrées par Yahoo et hackées en 2016?
Mais, il y a plus…
La Chine devance nettement les « sociétés occidentales » dans l’utilisation des données biométriques dans tous les aspects du quotidien: que ce soit pour prendre le bus, accéder à un guichet bancaire, déverrouiller son téléphone cellulaire, la reconnaissance faciale est déjà omniprésente et s’accélère constamment, avec toutes les dérives qui peuvent en découler, tel que nous le relatent les magazines Forbes et Financial Times:
Smile to enter China embraces facial-recognition technology – Financial Times – 2017-06-07
Ainsi, aujourd’hui, les avancées en matière de reconnaissance faciale sont telles que les autorités chinoises sont en mesure de « différencier » un individu dans une foule qui s’amasse dans un lieu public, quel qu’il soit. Et, donc, de consigner la présence de M. X ou de Mme Y dans un lieu donné, à tel instant, et d’enregistrer le tout dans des serveurs leur permettant d’exercer un contrôle absolu sur le quotidien de chaque individu. Evidemment, nous devinons tous quels sont les véritables motifs au déploiement d’un tel système par les autorités chinoises…

Ce qui soulève la question: est-ce là le genre de société où nous souhaitons vivre et où les autorités seront en mesure de consiger nos allées et venues dans notre quotidien?
Il y a sans doute une « ligne rouge » à ne pas franchir et il nous appartient d’être vigileants pour ne pas que cela ne voit pas le jour dans nos sociétés. Car les risques de dérive sont trop grands…
Ainsi, est-il de bon escient d’utiliser nos empreintes digitales pour déverrouiller notre téléphone cellulaire, données qui sont transférées dans des serveurs hébergés chez Apple, chez Google,…?