Dans le coin gauche, pesant 152 000 milliards de $…

Une nouvelle parue dans plusieurs médias à l’instant: le Dow Jones a à nouveau chuté de façon marquée, une baisse de 4,6% faisant suite à la baisse de 6,4% survenue vendredi. Une chute nettement plus importante que la dégringolade boursière survenue en 2008 durant la crise financière des « subprimes ».

Ainsi, en moins de deux journées, 10% de la valeur boursière des titres composant le Dow Jones s’est évaporée… dans les nuages!

Dow Jones stock index hit by record falls – BBC News – 2018-02-05

Alors, faut-il se surprendre de cette nouvelle correction boursière en ce jour? Est-ce le « réajustement salutaire » que d’aucuns espéraient après l’exubérance « irrationnelle » des marchés boursiers durant les derniers mois et les dernières années? Et, est-ce que la correction va se poursuivre dans les prochains jours?

Difficile d’y répondre mais rassurons-nous: la Maison Blanche a émis un commentaire à l’effet que l’économie s’appuyait sur des bases solides et que tout était sous contrôle:

A l’image du commentaire rassurant émis au tout début de la crise financière de 2008-2009…

La Terre tourne d’Ouest en Est

Ainsi, dès ce début de journée sur le continent nord-américain, le Financial Times nous informait de la baisse des titres boursiers sur les marchés asiatique et européen:

Global stocks fall further even as bonds find support – Financial Times – 2018-02-05

Car, on l’oublie trop souvent: alors que nous festoyons le dimanche soir à 22h00, les marchés boursiers asiatiques viennent d’entamer leur ouverture du lundi matin 10h00, suivis par les marchés boursiers européens qui s’activement à 4h00 du matin heure de l’Est du continent américain.

De ce fait, une turbulence initiée le vendredi sur le marché américain s’amplifie sur les marchés asiatiques dès leur ouverture du lundi matin et sur les marchés européens par la suite, alors que les acteurs financiers nord-américains ne sont pas en poste pour limiter/annuler, selon la conjoncture du moment, les turbulences amorçées le vendredi précédent. Qui plus est, ayant médité sur les turbulences survenues le vendredi, le secteur financier nord-américain s’active, à l’ouverture des marchés, dans un mode « liquidation » des titres boursiers… amplifiant davantage les turbulences initiées le vendredi!

Ainsi, tel que l’énonçait « sagement » un analyste financier de grande expérience, « Never on Friday »… laissant entendre que les soubresauts du vendredi ne s’évanouissent pas d’eux-mêmes, durant la fin de semaine, pour s’avérer « disparus » le lundi matin et procéder à la relance d’un marché « nouveau et revigoré » lors de la réouverture des marchés boursiers, loin de là!

Évolution récente du Dow Jones

Car, il faut bien le souligner: depuis l’élection du président Donald Trump, une exubérance « irrationnelle » s’est emparée du secteur boursier, avec la promesse d’importantes réductions d’impôt pour les entreprises (tenue) et un réinvestissement massif dans les dépenses pour réhabiliter les infrastructures publiques (à venir). Par ailleurs, faute de rendements satisfaisants dans le secteur obligataire, les grands investisseurs (fonds souverains, fonds d’investissement, régimes de retraite, fonds de couverture spéculatifs (« hedge funds »),…) ont investi dans le secteur boursier durant les dernières années, résultant dans des titres en bourse devenus hors de prix eu égard aux bénéfices dégagés et eu égard aux dividendes versés à leurs actionnaires.

Cela étant, depuis vendredi, l’indice Dow Jones a vu sa valeur fondre de 10%, une sévère correction plus importante que la correction boursière survenue en 2008:

Ainsi, comment les marchés financiers vont-ils réagir dans les jours à venir?

Dans le coin gauche, pesant 152 000 milliards de $…

Pour mieux apprécier les stratégies des « grands investisseurs » dans les jours/semaines/mois à venir, il importe de préciser quelque peu les enjeux qui se présentent, notamment la « masse monétaire globale totale » qui s’articule dans le secteur financier à l’échelle mondiale.

Ainsi, une présentation tenue récemment lors d’un séminaire regroupant les gestionnaires de fonds « ETF » (« Exchange Traded Funds », soit des « fonds mutuels » négociés en bourse) donne un aperçu de la « masse monétaire globale totale » qui anime nos économies, aujourd’hui, à l’échelle internationale:

 

 

Cette « masse monétaire globale totale » se décline dans 3 principaux secteurs:

  • 82 000 milliards de $ investis dans le marché obligataire
  • 65 000 milliards de $ investis dans le secteur boursier & le capital-action privé des entreprises non cotées en bourse
  •   5 000 milliards de $ investis dans les véhicules alternatifs tels les placements « ETF », le secteur immobilier,…

Cela étant, il importe de mettre en contexte les récents « réalignements » dans le secteur financier tenant compte de la « masse monétaire globale totale » en efferevescence depuis les dernières semaines/mois, soit:

  1. liquidation massive des obligations détenues dans les portefeuilles compte tenu des appréhensions liées à une reprise de l’inflation
  2. liquidation des titres boursiers par les grands investisseurs, alors que dorénavant la recherche de placements moins risqués (telles les obligations qui seront émises par les gouvernements dans les mois/années à venir) sera privilégiée
  3. liquidation des titres boursiers par les particuliers, plusieurs de ceux-ci cédant à la panique qui risque de se répandre dans les jours à venir

Ainsi, dans le coin gauche, pesant 152 000 milliards de $, la « masse monétaire globale totale » en circulation dans nos économies et, dans le coin droit, les grands investisseurs/banques centrales détenant les leviers de commande…