Vous souvenez-vous de cet extrait du film « The Big Short » (La casse du siècle, en français) où le financier Michael Burry, estimant que le marché des « Collateralized Debt Obligations (CDO) » adossé aux hypothèques toxiques « subprimes » va s’effondrer sous peu, contracte avec de grandes banques d’investissement des contrats pour miser sur l’effondrement du marché, à la condition que celles-ci souscrivent une « assurance » pour honorer leurs engagements en cas de crise financière? Dans ce cas, les co-contractants (Michael Burry v. les banques d’invetissement) souscrivent une « assurance » auprès de la firme d’assurance AIG, le tout sous forme de « credit default swaps » garantis par l’assureur AIG.

Or, peu après, le marché s’écroule, AIG n’est pas en mesure d’honorer ses garanties et le gouvernement américain vient à la rescousse en renflouant les liquidités d’AIG, ce qui a évité une crise qui aurait pu être infiniment plus dommageable que la crise financière de 1929, tous les contractants ayant été pleinement remboursés par le Trésor américain. Mais qui laisse les contribuables américains assumer ces dettes, au passage…
Eh bien, les techniques entourant les CDS se sont « raffinées » depuis 2008…
Ainsi, dans le cas de la faillite de la banque espagnole Banco Popular, les détenteurs d’obligations se sont tournés vers « l’assureur » qui ne veut pas les rembourser. Et, pour illustrer ce « raffinement » dans la gestion des CDS, imaginons le scénario suivant: votre maison est cambriolée, vous faites réclamation à l’assurance mais celle-ci prétend que vous avez l’option de poursuivre en justice le voleur et refuse de vous rembourser les dommages ou encore accepte de ne rembourser que les montants résiduels qui n’auront pas été payés par le contrevenant. Incroyable, me direz-vous, mais c’est précisément ce qui se passe dans le cas de la faillite de la banque Banco Popular…
Alors, pourquoi cela a-t-il une importance quelconque? Simplement par le fait que, depuis leur « invention » dans les années 80, les CDS sont devenus l’instrument de garanti privilégié par tous les grands investisseurs pour se protéger des défauts de la « contre-partie » sinon il n’y aurait pas de CDO et tout le reste. Et cela concerne tous les régimes de retraite, les fonds d’investissement (BlackRock, Berkshire Hathaway,…), les fonds souverains (Arabie Saoudite, Qatar, Norvège,…) et même la Caisse de dépôt du Québec qui utilise ces outils pour garantir ses investissements.
On comprend alors mieux pourquoi la façon « moderne » de mettre en application les CDS pourrait avoir de graves conséquences si une nouvelle crise financière survenait. Avec cette nouvelle approche, eh bien les actifs de nos régimes de retraite (les actifs de la CDPQ notamment) pourraient s’envoler, ne laissant aucun fonds pour verser les rentes aux retraités actuels et futurs…
Il importe de souligner le fait que le marché des CDS est un marché de 10 000 milliards de $ anuellement (ouf)! et que nombre d’investisseurs sont préoccupés par les changements dans les règles d’application des CDS, comme en témoigne un article du Financial Times:
Credit default swaps a $10tn market that leaves few happy – Financial Times – 2017-07-24