Les fiançailles Embraer-Boeing sont annoncées… et ce ne sera pas un « takeover » du fiancé sur la fiancée!

Dans une récente chronique traitant du « mariage forcé » entre Bombardier et Airbus, bien peu de détails ont été rendus publics… sans doute parce que l’entente doit être « déshonorante » pour qu’on ait rendu publics si peu de détails…

Une entente à l’effet que Bombardier aurait cédé tous ses avions moyens porteurs de la la série C à Airbus pour 1 € et autres considérations liés à un maintien d’emploi mais dont on ne connaît aucun détail… pitoyable!

Or, une nouvelle parue récemment dans le Financial Times nous apprend que les discussions ont été amorçées entre Boeing et la brésilienne Embraer afin que Boeing investisse dans Embraer pour y souscrire une participation importante mais non majoritaire, selon le souhait du gouvernement brésilien. La chronique à cet effet peut être consultée via le lien suivant:

Brazil happy to ‘bless’ Embraer-Boeing tie-up, but not a takeover – Financial Times – 2018-01-04

“The only limitation we see is the transfer of shareholding control,” he added. “Other than that, partnership, joint venture, whatever it is, is very welcome.” His comments come after the companies confirmed in late December that they were engaged in “discussions regarding a potential combination of their businesses”.

A l’évidence et faute de détails additionnels, il apparaît évident que, d’une part, Boeing a tout intérêt à sceller une alliance avec Embraer de façon à proposer une gamme d’appareils en mesure de rivaliser avec l’offre proposée par Airbus (via l’acquisition des avions de la série C de Bombardier) et que, d’autre part, l’avionneur Embraer a également intérêt à adhérer à toute entente qui lui permettrait de préserver et d’accuentuer sa présence dans le segment des avions moyens porteurs.

Une synergie qui couvre le spectre des avions moyens porteurs de 80 à 180 places

L’examen du tableau suivant met en évidence le fait que, par une alliance stratégique entre Boeing et Embraer, Boeing sera en mesure de couvrir tout le spectre des avions petits-moyens porteurs de 80 à 180 places alors que son compétiteur Airbus verra son offre limitée aux avions moyens porteurs de 110 à 185 places:

“Embraer would be complementary to Boeing, especially with its regional jet portfolio,” BTG Pactual wrote in a December note, adding that synergies could be “substantial”.

[…]

“Finally, the synergy between the two companies would allow much more effective access to the markets, this is important for both companies,” he added.

De plus, en scellant une alliance avec l’avionneur Boeing, Embraer sera en mesure de s’appuyer une équipe de ventes qui a ses entrées bien établies dans toutes les grandes capitales:

“It will be very beneficial. It’s a great opportunity because Boeing has a sales force and market access that is incomparable, that’s really very positive,” he said.

La série CRJ de Bombardier « orpheline » et sans l’appui d’un « grand frère »

En dernier commentaire, il est utile de préciser le fait que Bombardier se retrouve, aujourd’hui, avec une gamme limitée d’avions petits porteurs pouvant couvrir un marché de 60 à 110 places et que, dans cette gamme d’appareils, elle sera en compétition directe avec l’avionneur Boeing qui disposera i) d’avions en mesure de rivaliser avec l’offre de Bombardier dans ce segment (via son alliance avec Embraer) et ii) d’une équipe de vente et de facilités de financement autrement plus importantes que les moyens dont disposera Bombardier.

Ainsi, Bombardier se retrouve « seule » pour proposer, avec ses moyens limités, les produits de la gamme CRJ dans un segment de marché en forte compétition avec Boeing mais également avec Mitsubishi, Comac et Sukhoi.

Ce qui soulève la question suivante: « A terme, y a-t-il un avenir pour la division aéronautique de Bombardier? »