Pendant qu’Hydro-Québec fait du surplace… des investisseurs français passent à l’action!

Une information relayée dans le Financial Times fait état de la vente de 6 centrales hydroélectriques, au Portugal, qui seront bientôt propriétés d’un groupe d’investisseurs français, soit Engie (ex-GDF Suez), Crédit Agricole Assurances et le fonds d’investissement Mirova-Natixis. Ces centrales étaient propriété de Energias de Portugal (EDP), soit la société d’état qui produit, transporte et distribue l’électricité au Portugal.

Portugal power company EDP sells hydroelectric dams – Financial Times – 2019-12-19

Une vente pour un montant de 2,2 G€ (incluant la prise en charge de la dette) alors que ces centrales ont contribué 154 M€ au bénéfice de EDP pour l’année 2018, soit une cession à 14 fois les revenus avant impôt et amortissement.

Centrale thermique Ribatejo en banlieue de Lisbonne

Le modèle français : un modèle à retenir

Les industriels et financiers en France ont mis en application un modèle de développement des affaires qui repose sur des investissements à l’étranger – en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, vers d’autres pays européens… – lesquels génèrent des bénéfices qui sont rapatriés dans les états financiers des sociétés mères, contribuant ainsi à une diversification de leurs revenus et à assurer un « cash flow positif et constant » dans les revenus des conglomérats établis en France.

Et la présence française au Québec est mise en évidence par ces trois sociétés appartenant à des entreprises/financiers établis en France:

  • Véolia activfdans le secteur de l’environement
  • Da Vinci conglomérat immobilier et actif dans la propriété et la gestion de parcs de stationnement
  • Kéolis actionnaire majoritaire d’Orléans Express (ex-Voyageur), le plus important transporteur interurbain par autocar au Québec

tout en soulignant la présence des capitaux français dans le secteur éolien au Québec.

 

Hydro-Québec s’était inspirée du modèle français sous la gouverne de l’ex-PDG Richard Drouin

Dans les années précédant la venue en poste d’André Caillé – assisté de Thierry Vandal qualifié « d’éminence grise » à l’époque -, la direction d’Hydro-Québec a investi dans la mise sur pied et l’essor à l’étranger de sa filiale Hydro-Québec International, en lui associant des gestionnaires de qualité (appuyés par une solide expertise technique présente à l’époque au sein d’Hydro-Québec) dont le mandat était d’amener Hydro-Québec à s’implanter dans des projets à l’étranger, cette filiale étant responsable du financement, de l’aménagement et de la gestion des actifs établis sous sa gouverne.

Soulignons notamment l’aménagement d’une ligne de transport haute-tension au Chili ainsi que la présence d’Hydro-Québec International dans plusieurs projets au Maghreb et en sol africain.

Ainsi, on ne peut que conclure à une volonté « d’émanciper les activités d’Hydro-Québec à l’étranger » en s’inspirant du modèle français à l’époque.

 

Hydro-Québec met fin à ses activités à l’international sous la gestion d’André Caillé et de Thierry Vandal

Il importe de souligner le fait que, sous la gestion assumée par André Caillé, Hydro-Québec a réaligné ses activités autant au Québec qu’à l’égard du marché américain ainsi que ses activités à l’étranger,

Mentionnons les faits d’arme remarquables d’Hydro-Québec de 1997 à 2017:

  • fin des contrats d’exportation longs termes pour se concentrer sur le marché « spot » (exportations au jour le jour), à l’instar du modèle proposé par Enron et Duke Power dans un contexte de déréglementation du marché de l’électricité aux Etats-Unis
  • fin de l’aménagmement de nouvelles centrales hydroélectriques au motif que les centrales à développer présentaient un coût de revient > 3 cents/kWh
  • nouveaux moyens de production d’électricité axés sur l’utilisation de gaz naturel, avec l’aménagement (avorté) de la centrale du Suroît, l’aménagement de la centrale de Bécancour et la décision d’aménager 12 centrales au gaz naturel le long de la vallée du St. Laurent (avorté)
  • aménagement des centrales Toulnoustouc, Eastmain 1A et La Romaine à des fins d’exportation sur le marché américain dans un contexte de marché « spot », sans garanties d’engagements à long terme pour assumer la dette inhérente à ces nouvelles centrales
  • vente des actifs d’Hydro-Québec International au Chili
  • mise en veilleuse de la division Hydro-Québec International par le non-renouvellement de ses cadres et la fin de toute prospection de projets à l’étranger

 

Hydro-Québec aujourd’hui : horizon « bouché »

Aujourd’hui, force est de constater que le réalignement des activités d’Hydro-Québec, promu et mis en place par André Caillé et Thierry Vandal, fait en sorte que l’horizon d’Hydro-Québec est, à toutes fins utiles, « bouché »:

  • refus des autorités américaines (New Hampshire) d’autoriser la construction d’une ligne de transport afin d’exporter l’électricité vers le marché de New York
  • refus (en devenir) des autorités (Vermont) d’octroyer un contrat d’exportation soumis par Hydro-Québec, ayant plutôt privilégié d’autres fournisseurs pour assurer les besoins futurs
  • lancement d’activités de production d’électricité via la filière solaire… dans un contexte de surabondance d’électricité au Québec
  • construction de centrales au gaz naturel sur le territoire américain dû à la disponibilité et au faible prix du gaz naturel provenant des gisements de schiste… en compétition directe avec les activités d’exportation d’Hydro-Québec
  • mise en opération prochaine de nouvelles éoliennes 12 MW – avec un facteur de production de 60 % – aménagées  le long des côtes américaines, permettant une production à proximité des lieux de consommation tel Boston, New York,… et rendant les exportations d’Hydro-Québec plus difficiles et moins compétitives

 

Les avenues de solution pour assurer la croissance future d’Hydro-Québec

La croissance des revenus d’Hydro-Québec ne passe certes pas par une augmentation de la consommation d’électricité au Québec ni par des hausses de tarif à l’encontre de ses clients résidentiels, commerciaux et industriels.

Par ailleurs, dans un contexte de ventes sur le marché américain soumises aux aléas du « maché spot » et tenant compte l’omniprésence de nouvelles centrales au gaz naturel à faibles coûts de production, il y a fort à parier qu’Hydro-Québec ne puisse exporter les importantsvolumes d’électricité qu’elle a été en mesure de réaliser durant les dernières années.

Ce qui doit amener les élus à opter pour deux solutions:

  • abandonner toute ambition d’augmenter les revenus via les marchés d’exportation et se concentrer à desservir le maché local uniquement

ou

  • réactualiser les activités internationales d’Hydro-Québec et la doter du personnel compétent qui saura acquérir/aménager des actifs à l’étranger au bénéfice du Québec, comme le font les entreprises et financiers établis en France

Ce qui soulève la question suivante: les dirigeants en poste à Hydro-Québec ont-ils l’expertise et les compétences nécessaires pour orienter, avec succès, Hydro-Québec vers des activités à l’international?