« Logical and Illogical Reasons to Short Tesla »

Ceux qui me connaissent savent bien que j’ai transité du secteur de l’énergie – électricité, pétrole et gaz naturel (conventionnel et schiste), nucléaire, éolien,… – au domaine de la finance et que j’y consacre, à tous les jours, plusieurs heures pour deviner les tendances macroéconomiques qui se profilent à l’horizon. Une lecture assidue du Financial Times, de Bloomberg, du New York Times mais également de revues/sites qui proposent une analyse « alternative » de ce qui se passe dans ce domaine donnent un bon aperçu sur ce qui se passe dans ces domaines.

Non pas que j’aie délaissé le secteur de l’énergie (bien au contraire) mais y intégrer les paramètres du monde de la finance donne une perspective plus « globale » de ce qui se dessine. Car, peu importe qu’on chérisse le secteur de l’agriculture, celui de l’énergie ou celui de la haute technologie, c’est la finance qui décide de tout ultimement: « Money talks ».

C’est ainsi que, depuis ma spécialisation en finance, ma « lecture » du secteur de l’énergie s’est modifiée considérablement. Pour la simple raison que les investissements massifs requis dans ce secteur sont tributaires de « l’humeur du moment » des financiers. Rappelons simplement que, dans la région de Fort Worth (Texas), 10 000 puits de pétrole/gaz naturel de schiste ont été forés, chacun commandant un investissement de 6 M$ en moyenne: ainsi, dans ce seul secteur où on exploite le pétrole et la gaz naturel de schiste, 60 G$ ont été investis (60 milliards de $)!

Ainsi, si les taux d’intérêt et les politiques monétaires pratiquées par les banques centrales rendent les placements obligataires peu attrayants, alors les financiers investiront dans les marchés émergents et dans des secteurs plus risqués comme le pétrole/gaz naturel de schiste. Parce que les gestionnaires de régimes de retraite, les fonds souverains, les fonds de couverture (« hedge funds »), les fonds négociés en bourse (« Exchange Traded Funds »),… recherchent du rendement pour satisfaire leurs actionnaires et les bénéficiaires de régimes de retraite.

Evidemment, dans l’arsenal d’outils dont disposent aujourd’hui les financiers, on retrouve notamment les produits dérivés (« Derivatives ») composés des « Forwards », des « Futures », des « Options », des « Swaps » et autres produits similaires. Ce qu’ils ont en commun: des outils spéculatifs qui misent sur l’avenir de la bourse, sur la « déconfiture » de telle entreprise, sur la dévaluation d’une monnaie (comme George Soros l’a fait en « shortant » la livre britannique, ce qui lui a valu un gain de 1 G$ en une seule journée…). Bref, des outils financiers qui parient, à haut risque, sur l’avenir ce qui peut s’avérer très lucratif (voir le film The Big Short traitant de la crise de subprimes) ou générer des pertes considérables.

Ainsi, en ce moment, « ce qui est tendance » consiste à « shorter » le titre en bourse de Tesla, la firme lancée par Elon Musk. Parce que cette entreprise défie toute logique quant à sa « prédictabilité » future et ses chances de survie. Capitalisée initialement par du financement boursier (i.e. vente d’actions en bourse à des actionnaires), Tesla s’est lourdement endettée pour développer et lancer sa nouvelle série 3, dans un contexte où tous les grands constructeurs éprouvent des difficultées liées à la chute des ventes des véhicules automobiles.

Ajoutons à cela le fait que Elon Musk finalise la construction de la plus grande usine de batteries Li-Ion au monde et que, via son autre entreprise SpaceX, il s’est lancé dans la fabrication d’une fusée destinée à mettre des satellites en orbite. Bref, les ambitions d’Elon Musk sont grandes… et ses besoins de financement énormes, notamment par endettement.

Cela étant, alors que des investisseurs hésiteraient à investir dans une entreprise à l’avenir si incertain, Tesla a toujours été le « bébé choyé » de la bourse et son titre s’est apprécié constamment, au-delà de toute logique et de toutes les pratiques passées. Ce qui amène plusieurs financiers à « parier » sur une « déconfiture » prochaine du titre boursier de Tesla en « shortant » l’action de Tesla.

Evidemment, tout porte à penser qu’une telle éventualité est fort probable en ce qui concerne Tesla: rappelons-nous la première bulle spéculative dite des Tulipes en 1637, en Hollande, alors que la spéculation sur la valeur des bulbes de tulipes avait pris une ampleur hors de toute raisonnabilité: des fortunes énormes avaient disparu du jour au lendemain. C’est pourquoi nombre d’investisseurs ont décidé de « shorter » le titre de Tesla tellement cela fait du sens…

Mais, à ce jour, malgré les spéculations passées annonçant la déconfiture de son titre boursier, celui-ci s’est constamment apprécié et tous ceux qui avaient « shorté » son titre y ont encaissé des pertes importantes…

Alors, Tesla survivra-t-elle à une sévère correction de son titre en bourse? Cela vous dit de « shorter » Tesla?

Lire la très bonne analyse qui nous est proposée par Wolf Street:

Logical and Illogical Reasons to Short Tesla