Qui ne se souvient pas des paroles des Beatles extraites de la chanson « Revolution »?
Ainsi, au moment où le magazine Foreign Affairs nous présente une très intéressante analyse sur l’Iran et ses tentatives passées pour en arriver à une société démocratique, voilà que les manchettes nous informent de manifestations et d’affrontements ayant fait, à ce jour, plusieurs morts. Étrange coïncidence.
Evidemment, pour tout occidental soucieux de démocratie, les événements récents sont… encourageants… alors qu’ils se déroulent sur toile de fond d’une guerre géopolitique régionale qui bat son plein depuis plusieurs années. Rien de moins que l’affrontement séculaire entre l’Arabie Saoudite (fief des Sunnites) et l’Iran (fief des Chiites) pour le contrôle et la mainmise sur le Moyen Orient.
Car, depuis les dernières années, l’Iran a élargi son emprise sur la région, contrôlant – directement ou par une partie interposée – l’Iraq (à prédominance Chiite), le Liban (via le Hezbollah) et la Syrie (via des groupes armés qui ont combattu et défait l’État Islamique). Une région où l’Arabie Saoudite avait étendu son emprise avant l’accession de l’Iran au statut de puissance régionale. Au surplus, une guerre entre ces rivaux au Yémen pour en prendre le contrôle, ce pays partageant une frontière commune avec l’Arabie Saoudite.

A cela, il faut ajouter le fait que la région Est de l’Arabie Saoudite (là où sont concentrés les gisements de pétrole) est à prédominance Chiite et qu’une quantité très importante du pétrole que nous consommons transite via les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, des voies de transport où l’Iran tente d’exercer sa suprématie. Au surplus, l’Arabie Saoudite, Oman et les Émirats Arabes Unis viennent de mettre en place un blocus « diplomatique et stratégique » contre le Qatar accusé de promouvoir des intérêts contraires à ceux de l’Arabie Saoudite. Qui plus est, les Etats-Unis et la Russie se livrant à une « guerre stratégique » afin de maintenir leur contrôle sur la région ou d’y exercer une influence plus déterminante dans le cas de la Russie.
C’est ainsi que, dans une région du globe où les affrontements religieux et stratégiques sont enracinés depuis longtemps se profile aujourd’hui un processus de démocratisation d’une société civile laquelle souhaiterait la mise en place d’un régime politique plus en lien avec la société d’aujourd’hui avec, comme toile de fond, le spectre d’une guerre civile à l’issue incertaine.
Ce qui soulève la question suivante: l’appel de la société civile à la démocratisation en Iran est-il le fait d’une société civile qui aspire à une forme de gouvernement « plus ouvert » sur la modernité ou le résultat de tractations venant de l’extérieur et visant à déstabiliser l’Iran et à mettre fin à son hégémonie sur la région?
A lire l’excellente analyse qui nous est proposée par le magazine Foreign Affairs:
Reform or Revolution – Iran’s Path to Democracy – Heleh Esfandiari – Foreign Affairs – 2018-01